Menu bêtise 15/05/98
Un restaurant de Tel Aviv vient de lancer un nouveau concept : le concept de l'assiette vide. Il propose en effet à ses clients le menu le plus moderne qui soit : le menu virtuel. Vous pouvez ainsi vous permettre de choisir les plats les plus luxueux : on vous servira de toute façon une assiette vide, et ce repas invisible vous coûtera la modique somme de 30 francs. Si vous commandez un café, vous obtiendrez bien sûr une tasse vide.
« C'est un endroit très particulier », déclare Ronen, un habitué. « Il vend de l'ambiance plutôt que de la nourriture ». Certains passants croyaient au départ à une blague : « C'est très bizarre », déclare l'un d'eux, « je n'ai jamais rien vu de semblable. Vous ne mangez rien, et pourtant vous pouvez appeler la serveuse pour en redemander. C'est particulièrement stupide ».
Tout ceci peut effectivement paraître stupide, mais après deux semaines, le succès est déjà au rendez-vous. Le restaurant envisagerait même de se diversifier dans la vente à emporter et la livraison à domicile.
L'idée géniale de Monsieur Larzul 03/04/98
Il est des métiers qui un beau jour disparaissent, sans même que l'on s'en rende compte. Ainsi les
hommes-sandwichs, victimes d'une mauvaise image, ont définitivement cessé d'errer dans nos villes.
Définitivement ? Ce serait compter sans l'ingéniosité d'un certain monsieur Larzul, heureux industriel de
cette bonne ville de Quimper.
Ce cher monsieur Larzul, après un an et demi de recherches, a accouché du concept d'« urbanaute »,
une nouvelle sorte d'homme-sandwich, résolument multimédia. Car, si l'homme-sandwich américain
(et même l'homme-sandwich parisien) souffrait d'une image dégradée auprès des passants, l'urbanaute
est un homme branché - ce qui, entre nous, n'empêche pas du tout d'avoir une image dégradée.
Etre branché c'est bien, être branché sans fil c'est mieux : l'urbanaute sera donc relié par satellite à une banque de
données (que l'on devine déjà multimédia), laquelle lui permettra de répondre aux questions de tous
les passants, en plusieurs langues. Il portera en outre un écran sur lequel défileront 5 publicités différentes
(dont une sans doute pour les conserves Larzul), un téléphone mobile et une bouteille d'eau.
Le très astucieux monsieur Larzul a déjà obtenu un prix de l'Anvar, organisme récompensant les projets innovants, et
les urbanautes devraient commencer à circuler dès l'an prochain. Yves Mourousi avait même décidé d'en parsemer la capitale pour célébrer l'an 2000. Ca nous manquait.
Ruminants des salles obscures 22/04/98
Je ne pense pas être embêtant comme type, mais s'il y a un truc que je
ne peux pas supporter, c'est bien les types qui bouffent des pop-corns
dans les salles de ciné. C'est simple, je ne comprends même pas qu'on
puisse vendre des pop-corns dans un ciné. J'avais un de ces sinistres
ruminants derrière moi, hier soir : plongée bruyante de la main de
l'imbécile dans son cornet, et machouillements diaboliques jusqu'à sa
déglutition. Et répétition ad nauseum.
Mais pourquoi s'en tenir aux pop-corns ? On pourrait aussi leur
distribuer des sacs plastiques à tripoter pendant la séance, à ces
ruminants. Et puis des clochettes pour faire « ding ding » quand la
réplique est amusante. On pourrait même vendre des pin's pleureurs
pour quand c'est triste. Ca aurait un succès fou, on en ferait des
modèles Kate Winslet et des modèles Di Caprio.
Je découvre donc sur fond de pop-corns la bande-annonce de « 1 chance sur 2 »,
le dernier Patrice Leconte, lequel ferait mieux de nous pondre un troisième
Bronzés plutôt que de s'embarquer avec Delon, Belmondo et Vanessa
Paradis dans une bouse 16/9 qui n'est somme toute qu'une resucée de ce
film avec Pierre Richard et Depardieu (la mère qui dit à deux guignols
qu'ils sont le père de sa fille, afin qu'ils la sortent de ses
embrouilles). Evidemment, pour rivaliser avec les productions américaines, on
ajoute des explosions, des voitures dans tous les sens, des grenades
et des méchants vraiment très méchants.
Et, merveille des merveilles, au final : www.1chancesur2.com. C'est
bien normal. Après www.titanicmovie.com, www.lesvisiteurs.com, qui
n'aura pas son propre site Internet passera vite pour un brontosaure
déclassé. D'ailleurs, ça ne rate pas : la bande-annonce
suivante, « The boxer »: www.theboxer.com. C'est à se demander
comment vivait le cinéma avant Internet.
D'ailleurs, c'est pareil partout. Prenez n'importe quel spot télé,
vous avez l'URL du dentifrice machin ou du parfum bidule.
L'important est d'avoir une URL pour avoir l'air moderne.
Et je suis persuadé que si l'adresse n'existe pas personne
ne s'en rendra compte. Parce que personne n'ira se connecter pour
aller visiter www.eau-jeune.fr. Enfin, j'espère.
Lavé de tout soupçon 17/08/98
Alors que le président William Clinton s'apprête à passer un sale
quart d'heure pour en avoir passé un bon, je ne peux m'empêcher de
vous faire part de cette dépêche de l'Associated Press :
La lessive « Biomet 2000 » peut venir à bout de n'importe quelle
tache, y compris, selon une publicité israélienne, des taches
douteuses qui maculent la plus célèbre robe américaine, celle de
Monica Lewinsky.
Le spot publicitaire met en scène deux agents secrets américains,
vêtus de costumes bleus sombres, qui s'introduisent par effraction
dans le domicile d'une certaine... « Monika Lavinsky ». S'emparant
d'une robe blanche portant une tache manifeste, ils la débarrassent
prestement de tout indice compromettant grâce à la miraculeuse
lessive. « C'est plus blanc que blanc », affirme alors l'un d'eux à son
patron, une fois la mission accomplie. « Blanc? Vous avez été
envoyés pour vous occuper d'une robe bleue! », hurle leur chef,
furieux.
La campagne doit être diffusée sur les chaînes israélienne le jour
même où Bill Clinton doit témoigner au sujet de sa liaison (plus que)
présumée avec l'ancienne stagiaire de la Maison Blanche. « Aucune
image du président américain n'a été utilisée et son nom n'est cité à
aucun moment », souligne le publicitaire, qui s'est dit convaincu que
les consommateurs seraient attirés par un produit « en connexion
avec une bonne histoire internationale ». Je n'en doute pas un seul
instant.
D'ailleurs, afin de pouvoir m'offrir de la lessive, je suis
immédiatement allé retirer de l'argent. Le distributeur m'a vu venir :
il m'a aussitôt proposé un « prêt malin, pour consommer aujourd'hui en
pensant à demain ».
Se voir proposer des « prêts malins » par des distributeurs
automatiques : tel est le triste sort du client.
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