Dispositifs trembleurs 25/04/98

Un hôtel de Vancouver offre des repas spéciaux pour les chiens et les chats des clients de longue durée. « C'est la deuxième fois que je sers un chien », déclare le serveur David Wang en présentant un plateau d'une manière élégante à un chien de traîneau sibérien étendu dehors. Les animaux de compagnie en déplacement ont le choix entre bifteck grillé à l'os d'Alberta ou du filet desséché de thon complété avec du caviar. Pour les désaltérer, on leur fournit de l'eau d'Evian.

En plus du repas, des animaux de compagnie qui ont accès au service d'étage ont un casse-croûte - maïs anchois-assaisonné pour les chats - un storybook et une carte avec une prévision du temps du jour suivant. « Ca leur permet de projeter leur jour », explique le directeur avec un sourire. Les promenades et les massages d'animal de compagnie sont également possibles.

A propos de massages, un nouveau contraceptif masculin vient d'être développé en Chine. De la taille d'un pager, ce dispositif breveté par un chercheur de Xi'an émet des impulsions électroniques « spermo-destructrices » qui peuvent rendre un homme stérile pendant un mois, rapporte l'agence chinoise Xinhua. L'instrument doit être placé dans les sous-vêtements de l'utilisateur, où il transmet des impulsions aux nerfs autonomes qui modifient l'habitat du sperme. Une exposition d'une heure entraine une stérilité d'un mois, a déclaré l'inventeur Yang Xiyong. La pleine fertilité revient deux mois après avoir cessé d'utiliser l'objet.

Ce doit être mon côté archaïque, mais l'idée de glisser dans mes sous-vêtements un petit boitier électronique conçu par un chercheur chinois afin de perturber mes testicules ne m'enchante guère...


Un tramway nommé désir 20/04/98

Une compagnie de transports régionaux du Schleswig-Holstein, dans le nord de l'Allemagne, a inventé le « flirt-ticket », dans le cadre d'une campagne de publicité, qui permet aux amoureux de voyager 50% moins cher, à condition de s'embrasser devant le contrôleur.

La campagne, commencée à la Saint-Valentin, durera jusqu'au 13 mars dans tout l'Etat régional. Jeunes ou vieux, hétérosexuels ou homosexuels, tous les couples peuvent bénéficier de ce tarif très spécial. La crédibilité de l'union n'importe d'ailleurs pas, assure Ulrike Kruse, porte-parole de DBZugBus. Autrement dit, les malins peuvent même jouer aux amoureux pour profiter de ce mini-tarif, « ce ne serait pas la première fraude dans les transports en commun ».

Les amoureux doivent arborer sur la poitrine un coeur rouge auto-collant tout au long du trajet. Un amuseur public répondant au doux nom d'Amor, et déambulant d'un train à un bus, peut ainsi les reconnaître et leur distribuer, au hasard, des cadeaux-surprise.

Transformés bon gré mal gré en Cupidons du rail, les contrôleurs ont accueilli plutôt tièdement ce nouveau concept-marketing déployé par leur entreprise. « Mais, ils se sont rapidement habitués », assure Mme Kruse. Le but de DBZugBus n'est, paraît-il, « pas vraiment » lucratif: l'idée-choc de ce ticket-charme est de « donner une image moderne de l'entreprise à travers une campagne gaie ».

Ce doit être mon côté romantique, mais c'est le genre de dépêches qui me met toujours d'excellente humeur. Je me vois déjà sillonner l'Allemagne en bus, changeant de ligne exprès pour tomber sur un nouveau controleur... Embrasser fougueusement une jeune inconnue dans la galerie de Carrefour pour emporter deux sandwichs pour le prix d'un... Lui faire l'amour ensuite dans une agence France Telecom afin d'avoir 50% de réduction sur les abonnements Wanadoo...


Charmes en vente libre 05/06/98

« Un aftershave composé à base de la sécrétion des aisselles des hommes en pleine activité sexuelle a été testé avec succès aux Etats-Unis, où ses porteurs auraient décuplé leurs rencontres sexuelles » rapportait mardi le Daily Telegraph. Décidément, les Américains nous étonneront toujours.

Ca doit être mon côté archaïque, mais pour moi, un aftershave, c'est tout de même pour dégager un parfum agréable - lequel, allié à notre charme naturel, nos oeillades expertes et nos sourires ravageurs, nous permet de séduire avec une aisance insoupçonnée quantité de brunes et de blondes. Et sous leurs mains expertes, contre leurs corps enflammés, le plaisir est d'autant plus grand qu'il procède directement du désir.

En écrivant cela, j'ai l'impression - si vous me passez l'expression - d'enfoncer des portes ouvertes. Et pourtant, au pays du grand miracle libéral, le sexe n'est plus ce qu'il était. Je suis un gros con dégoulinant d'égoïsme ? Pas grave, je vais me mettre un peu de DiCaprio Fever sous les aisselles. Je suis une vieille peau mal fagotée ? Pas grave, Bob n'aura qu'à prendre une double dose de Viagra.

De toute façon, on s'aime pas.

 
Menu bêtise 15/05/98

Un restaurant de Tel Aviv vient de lancer un nouveau concept : le concept de l'assiette vide. Il propose en effet à ses clients le menu le plus moderne qui soit : le menu virtuel. Vous pouvez ainsi vous permettre de choisir les plats les plus luxueux : on vous servira de toute façon une assiette vide, et ce repas invisible vous coûtera la modique somme de 30 francs. Si vous commandez un café, vous obtiendrez bien sûr une tasse vide.

« C'est un endroit très particulier », déclare Ronen, un habitué. « Il vend de l'ambiance plutôt que de la nourriture ». Certains passants croyaient au départ à une blague : « C'est très bizarre », déclare l'un d'eux, « je n'ai jamais rien vu de semblable. Vous ne mangez rien, et pourtant vous pouvez appeler la serveuse pour en redemander. C'est particulièrement stupide ».

Tout ceci peut effectivement paraître stupide, mais après deux semaines, le succès est déjà au rendez-vous. Le restaurant envisagerait même de se diversifier dans la vente à emporter et la livraison à domicile.


L'idée géniale de Monsieur Larzul 03/04/98

Il est des métiers qui un beau jour disparaissent, sans même que l'on s'en rende compte. Ainsi les hommes-sandwichs, victimes d'une mauvaise image, ont définitivement cessé d'errer dans nos villes. Définitivement ? Ce serait compter sans l'ingéniosité d'un certain monsieur Larzul, heureux industriel de cette bonne ville de Quimper.

Ce cher monsieur Larzul, après un an et demi de recherches, a accouché du concept d'« urbanaute », une nouvelle sorte d'homme-sandwich, résolument multimédia. Car, si l'homme-sandwich américain (et même l'homme-sandwich parisien) souffrait d'une image dégradée auprès des passants, l'urbanaute est un homme branché - ce qui, entre nous, n'empêche pas du tout d'avoir une image dégradée.

Etre branché c'est bien, être branché sans fil c'est mieux : l'urbanaute sera donc relié par satellite à une banque de données (que l'on devine déjà multimédia), laquelle lui permettra de répondre aux questions de tous les passants, en plusieurs langues. Il portera en outre un écran sur lequel défileront 5 publicités différentes (dont une sans doute pour les conserves Larzul), un téléphone mobile et une bouteille d'eau.

Le très astucieux monsieur Larzul a déjà obtenu un prix de l'Anvar, organisme récompensant les projets innovants, et les urbanautes devraient commencer à circuler dès l'an prochain. Yves Mourousi avait même décidé d'en parsemer la capitale pour célébrer l'an 2000. Ca nous manquait.


Ruminants des salles obscures 22/04/98

Je ne pense pas être embêtant comme type, mais s'il y a un truc que je ne peux pas supporter, c'est bien les types qui bouffent des pop-corns dans les salles de ciné. C'est simple, je ne comprends même pas qu'on puisse vendre des pop-corns dans un ciné. J'avais un de ces sinistres ruminants derrière moi, hier soir : plongée bruyante de la main de l'imbécile dans son cornet, et machouillements diaboliques jusqu'à sa déglutition. Et répétition ad nauseum.

Mais pourquoi s'en tenir aux pop-corns ? On pourrait aussi leur distribuer des sacs plastiques à tripoter pendant la séance, à ces ruminants. Et puis des clochettes pour faire « ding ding » quand la réplique est amusante. On pourrait même vendre des pin's pleureurs pour quand c'est triste. Ca aurait un succès fou, on en ferait des modèles Kate Winslet et des modèles Di Caprio.

Je découvre donc sur fond de pop-corns la bande-annonce de « 1 chance sur 2 », le dernier Patrice Leconte, lequel ferait mieux de nous pondre un troisième Bronzés plutôt que de s'embarquer avec Delon, Belmondo et Vanessa Paradis dans une bouse 16/9 qui n'est somme toute qu'une resucée de ce film avec Pierre Richard et Depardieu (la mère qui dit à deux guignols qu'ils sont le père de sa fille, afin qu'ils la sortent de ses embrouilles). Evidemment, pour rivaliser avec les productions américaines, on ajoute des explosions, des voitures dans tous les sens, des grenades et des méchants vraiment très méchants.

Et, merveille des merveilles, au final : www.1chancesur2.com. C'est bien normal. Après www.titanicmovie.com, www.lesvisiteurs.com, qui n'aura pas son propre site Internet passera vite pour un brontosaure déclassé. D'ailleurs, ça ne rate pas : la bande-annonce suivante, « The boxer »: www.theboxer.com. C'est à se demander comment vivait le cinéma avant Internet.

D'ailleurs, c'est pareil partout. Prenez n'importe quel spot télé, vous avez l'URL du dentifrice machin ou du parfum bidule. L'important est d'avoir une URL pour avoir l'air moderne. Et je suis persuadé que si l'adresse n'existe pas personne ne s'en rendra compte. Parce que personne n'ira se connecter pour aller visiter www.eau-jeune.fr. Enfin, j'espère.


Lavé de tout soupçon 17/08/98

Alors que le président William Clinton s'apprête à passer un sale quart d'heure pour en avoir passé un bon, je ne peux m'empêcher de vous faire part de cette dépêche de l'Associated Press :

La lessive « Biomet 2000 » peut venir à bout de n'importe quelle tache, y compris, selon une publicité israélienne, des taches douteuses qui maculent la plus célèbre robe américaine, celle de Monica Lewinsky.

Le spot publicitaire met en scène deux agents secrets américains, vêtus de costumes bleus sombres, qui s'introduisent par effraction dans le domicile d'une certaine... « Monika Lavinsky ». S'emparant d'une robe blanche portant une tache manifeste, ils la débarrassent prestement de tout indice compromettant grâce à la miraculeuse lessive. « C'est plus blanc que blanc », affirme alors l'un d'eux à son patron, une fois la mission accomplie. « Blanc? Vous avez été envoyés pour vous occuper d'une robe bleue! », hurle leur chef, furieux.

La campagne doit être diffusée sur les chaînes israélienne le jour même où Bill Clinton doit témoigner au sujet de sa liaison (plus que) présumée avec l'ancienne stagiaire de la Maison Blanche. « Aucune image du président américain n'a été utilisée et son nom n'est cité à aucun moment », souligne le publicitaire, qui s'est dit convaincu que les consommateurs seraient attirés par un produit « en connexion avec une bonne histoire internationale ». Je n'en doute pas un seul instant.

D'ailleurs, afin de pouvoir m'offrir de la lessive, je suis immédiatement allé retirer de l'argent. Le distributeur m'a vu venir : il m'a aussitôt proposé un « prêt malin, pour consommer aujourd'hui en pensant à demain ».

Se voir proposer des « prêts malins » par des distributeurs automatiques : tel est le triste sort du client.



© Les Chroniques du Menteur, 2003
E-mail : Pierre Lazuly
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