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Nous serons tous des frères 01/09/98
« L'Internet va révolutionner l'histoire de l'Humanité.
Grâce à cet outil merveilleux de communication, les
problèmes de frontières, de races, de religions vont
disparaître. Nous serons tous des frères. Il n'y aura plus de
guerre.
Des commerçants serviables, honnêtes et gentils
vont bientôt nous proposer sur le web leurs produits dont on
a tant besoin. La vie sera plus belle. On n'aura plus à se
déplacer et faire la queue dans de grands magasins à
l'hygiène douteuse. D'ailleurs, les bandeaux colorés et gais
qui nous informent sur leurs produits donnent déjà un ton
joyeux à ce web naguère si gris et monotone. »
Est-ce un discours de Claude Allègre ? Un vieil édito
cynique de Guillermito, retrouvé sur uZine ?
Difficile de distinguer les zozos moqueurs des ministres menteurs.
INTERNET, ÇA CRÉE DES EMPLOIS
Le ministre de l'Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn a
rappelé vendredi à Hourtin sa volonté de développer l'usage des
nouvelles technologies, plus particulièrement dans le domaine du
commerce électronique.
« Je suis persuadé que les nouvelles technologies de la société de
l'information sont une occasion unique de renouer avec l'emploi sur
notre continent » et qu'« aucune fatalité ne nous condamne à la
permanence du chômage de masse », a-t-il dit en clôturant la 19ème
Université d'été de la Communication. Ces déclarations n'ont pas pu être
diffusées à la télé, tellement son nez s'allongeait pendant qu'il
parlait.
Catherine Lapierre-Donzel, chargée de mission au ministère de l'Economie
et des Finances, citait pourtant récemment, dans une note documentaire
sur le commerce électronique, l'exemple d'Amazon.com, la plus grande librairie
virtuelle sur Internet : « Amazon a des coûts d'exploitation extrêmement
réduits par rapport à une librairie matérielle : plus de légions de
vendeurs et d'acheteurs, plus de stocks lourds en rayonnage : restent
seuls un centre informatique et une petite équipe éditoriale ».
Ça crée des emplois.
INTERNET, ÇA REND HEUREUX
L'usage régulier d'Internet est un facteur de dépression et de solitude,
selon une étude américaine citée dimanche par The New York Times. Le
résultat de l'étude sur l'effet psychologique de l'usage domestique
d'Internet montre que le réseau mondial favorise le développement d'« un
certain malaise » même chez les gens qui ne sont pas sujets à la
dépression.
« Les relations virtuelles entretenues via Internet sans face à face
réel ne fournissent pas le soutien et la chaleur nécessaire au bien être
et à la stabilité », concluent également les auteurs du rapport.
Ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire.
Je me demande bien ce que je fous là, d'ailleurs.
Je ferais mieux de me flinguer. Personne ne m'aime.
INTERNET, ÇA VOUS RÉVEILLE EN DOUCEUR
Heureusement, on peut enfin regarder Télé-Matin en Real-Vidéo sur
Internet. C'est la grande nouveauté sur le site de France 2. Une
nouvelle « quête de sens », je suppose.
Je pose la question : y aura-t-il des gens suffisamment givrés pour télécharger William Leymergie au réveil sur leur PC ? Est-ce un progrès ? Est-ce que ça n'explique pas la déprime des internautes ? Est-ce que ça crée des emplois ?
Les autoroutes de la masturbation 02/06/98 Je lisais récemment que les 10 requêtes les plus fréquentes sur Yahoo étaient, dans l'ordre : « sex, chat, Playboy, Netscape software, nude, porno, games, porn, weather, Penthouse ». Ce qui, il faut bien l'avouer, donne une image quelque peu fâcheuse de la société de l'information.
Je me suis donc autorisé un petit détour du côté des traces d'un célèbre moteur de recherche français. J'adore observer les requêtes des gentils utilisateurs. Toute la gamme des interrogations sexuelles se répand alors sur mon écran, du plutôt chaste « déshabiller », au « bondage asiatique », en passant par un espèce de cinglé (un abonné Wanadoo de la région de Rouen, sans vouloir cafter) qui réclame « bite » et « vagins+tétons » depuis une bonne demi-heure sans trouver, semble-t-il, satisfaction. Je ne vois d'ailleurs pas bien ce qui pourrait lui donner satisfaction. Sur un écran s'entend.
Je ne vous cache pas non plus mon étonnement devant la requête « sexe UNIX ». Les utilisateurs d'UNIX auraient-ils une vie sexuelle plus riche que les possesseurs de Mac ? Se laisseraient-ils aller a des perversions que les utilisateurs de Windows réprouvent ? Je m'interroge.
Et, pendant ce temps, les requêtes défilent toujours sur mon écran :« contrat duree determinee, esexe, tabatha cash, notaires authentique, gay, Alanis, lemonde diplomatique, Recyclage Métaux nobles, hardcore, creation page htm, eurosat, pornographie, foie gras, CANNAL+, cul+sexe, sex zoo sex girls, bioaccumulation, enculer, chansons paillardes, stars nue IMAGE, pornstar ». Une véritable merveille que cet inventaire à la Prévert où d'improbables sex zoo girls viennent côtoyer Philippe Delerm et le recyclage des métaux nobles.
Je dispose en outre d'une information supplémentaire, pour chaque requête : le nom de la machine appelante... J'ai notamment remarqué quelques connexions en provenance du Sénat. Soyez tranquilles, je les surveille.
Internet, ça rend intelligent 13/10/98
« Plus de sentiments, plus d'économies, plus de temps, plus de réussites ». Tels sont les effets d'Internet, si j'en crois la brochure d'un des principaux fournisseurs d'accès français. « Découvrez tout ce qu'Internet change dans votre vie », proclame la brochure. On y fait effectivement de grandes découvertes.
« Plus de temps », déclare la brochure. « Je veux organiser mes vacances sans perdre un après-midi ? ». Mot de passe Foutoidnoo : « En quelques minutes, je mets en mémoire des photos d'hôtels en Espagne et en Italie pour les consulter plus tard avec ma femme. Fini les piles de catalogues ». Personnellement, je suis sceptique. Je mets au défi quiconque d'être en mesure de présenter à sa femme un éventail de photos d'hôtels en Espagne et Italie sans y passer trois après-midis.
« Plus de réussites », poursuit la brochure, s'attaquant au point sensible, l'éducation des enfants : « J'ai un exposé sur les Mérovingiens à rendre lundi ». Mot de passe Foutoidnoo : « Je trouve beaucoup d'informations en tapant seulement le mot "Mérovingiens" dans l'annuaire QuiQuoiOuHeinComment. Je vais enfin avoir la meilleure note ». L'esprit de synthèse, on s'en fout. Un coup d'Altavista, un copier-coller sous Word et ça fait un exposé. C'est l'avantage d'Internet.
« Plus d'économies », ment-on plus loin. « Je dirige une PME qui fabrique des meubles de style provençal, mais je n'ai aucun budget pour la faire connaître ». Mot de passe Foutoidnoo : « Je dispose d'un espace gratuit pour présenter mes produits au monde entier. Mes bergères vont avoir du succès ». C'est le fameux mensonge d'IBM, l'utopie du e-business : il suffit d'ouvrir un site Web pour que des clients du monde entier liquident votre stock en moins d'une heure. Personne n'y croit plus. Les marchands pleurent devant leurs statistiques. Ils ne gagnent même pas de quoi se payer un mouchoir.
« Plus de sentiments », délire-t-on page 8. « La Corse me manque depuis que je suis parti travailler sur le continent ». Mot de passe Foutoidnoo : « J'ai tous les sites de mon île en mémoire sur mon ordinateur et je les consulte quand je veux. Sans prendre l'avion ». Je ricane. Nous ne pourrons être fiers d'Internet que lorsque les Corses pourront travailler depuis la Corse avec leurs clients, que ceux-ci aient la chance de vivre dans les Côtes d'Armor ou le triste privilège de déambuler dans les tours de la Défense.
Parce qu'entre nous, la mer en JPEG, c'est un peu décevant.
Solutions pour une petite défaite 01/06/98
Ce matin, votre marchand de journaux vous propose deux éditions de votre quotidien : la première, au prix normal, contient les publicités habituelles ; l'autre, vendue moitié prix, n'en contient pas. Vous choisissez bien évidemment la seconde ; hélas, pour y avoir droit, vous devez faire auparavant le tour du kiosque à journaux à cloche-pied.
Une situation incensée ? C'est pourtant le cas aujourd'hui pour la plupart des sites Web. Si, pour les médias traditionnels, la publicité a pour effet de limiter le prix de vente (voir la campagne :« sans la publicité, votre quotidien coûterait le prix d'un mensuel »), la situation, sur Internet, est inversée : l'informatique, seule industrie capable de vendre des voitures qui calent, est également capable de faire payer à l'utilisateur les publicités qu'il subit.
Pour qui fréquente les principaux sites d'audience (moteurs de recherche, annuaires, presse en ligne), le fait est connu : le chargement des publicités double, au bas mot, le temps de chargement de la page. Dans le cas des moteurs de recherche, le volume d'information utile est même négligeable par rapport au volume des bandeaux animés des annonceurs ; aussi, la version sans pub d'AltaVista est jusqu'à quatre fois plus rapide que la version classique. Il faut toutefois, pour en profiter, avoir fait plusieurs fois le tour de votre machine à cloche-pied afin d'en connaître les subtilités.
Mais la publicité en ligne n'est pas seulement responsable d'un surplus de trafic : elle préside également au choix des solutions techniques. Aux mécanismes de cache, destinés à limiter les accès distants aux documents les plus fréquemment accédées, elle oppose l'appel systématique aux serveurs des régies publicitaires : il est ainsi possible de connaître le nombre de « spectateurs » pour chaque bandeau, leur efficacité, mais aussi de les adapter à votre profil.
Ce qui ne serait peut-être qu'un inconvénient mineur sur des « autoroutes » dignes de ce nom est rendu inacceptable par l'infrastructure actuelle, en surcharge permanente. Indifférents au sort de l'internaute coincé sur sa vague, des spécialistes un peu niais agrémentent leurs sites Web de plug-ins, d'applets et de publicités dynamiques. Si ça les amuse... Ils déprimeront bien assez vite devant les compteurs de leurs galeries marchandes.
Car devant ce techno-crétinisme, les internautes ont déjà choisi : ils n'attendront trois minutes l'arrivée d'une applet Lustucru. Ils envahissent les forums, goûtent aux charmes des listes de diffusion. Bref, ils quittent l'autoroute.
Comment maigrir sur Internet ? 14/05/98
Les laboratoires américains Bell-Labs ont lancé récemment le projet Peloton,
qui est au cyclisme ce que le cyber-sexe est aux ébats amoureux :
« une compétition physique à laquelle
les athlètes participent à l'aide de vélos d'appartement reliés
par le Web ».
Les possibilités sont prodigieuses, nous explique Bob Ensor,
le responsable du projet :
« Notre principal but en réalisant Peloton, c'est de créer
de nouvelles formes d'interaction sur le Web ou, plus
exactement, de faire de l'activité physique une partie de
leurs interactions via le Web. Actuellement, le Web permet
d'échanger des messages écrits, des images et des sons.
Avec Peloton, nous voulons permettre aux gens de partager
leurs activités physiques avec des amis distants. Il s'agit
bien sûr d'un début : en utilisant des tapis roulants, des
rameurs, ou des "stair climbers" (littéralement : "machine à
monter les escaliers"), les gens pourront
utiliser le même mécanisme pour jouer à d'autres jeux ("to play
other games" dans le texte) ».
Il suffira alors d'ajouter au système quelques images de stars :
« faites du vélo avec Michael Jackson » (ça lui fera prendre l'air),
« courez aux côtés de Julia Roberts » (ou de Woody Allen, pour les plus
fatigués), ou bien « grimpez virtuellement les marches du festival de Cannes ». Les mauvais magazines pourront alors titrer :
« comment maigrir sur Internet ? ». Succès assuré,
au moins pour leurs ventes.
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