Fier d'être niais 13/08/98

« Le ciel est bleu, la mer est belle, les vacances battent leur plein et l'équipe de PageFrance prépare déja la rentrée de Septembre sous le thème « Fier d'être français ». Oui ! Fier d'être français.... car nous sommes champions du monde ! car depuis 10 ans notre économie ne s'était aussi bien portée ! et notre pays est le plus visité au monde !»

Ainsi commence l'éditorial de Fabrice Boutain, chroniqueur chez PageFrance. Lui, au moins, c'est un homme courageux. Il met sa photo en haut de son édito, et c'est prendre des risques considérables lorsque l'on ose écrire : « La France gagne en croissance: et 1, et 2, et 3% ! Le PIB devrait progresser d'environ 3% cette année. Les Français consomment et les entreprises investissent ! ».

On y apprend d'ailleurs des nouvelles étonnantes : « AdviserWeb.com, la premiere societe "internet based" cree un bureau virtuel de consultants "les Flyers" travaillant aux quatre coins du monde. cette startup a ete cree par des francais vivant a l'etranger, en Europe et en Asie. Leur concept avant-gardiste de "plug & work" est disponible seulement pour les mercenaires du consulting ». D'ailleurs, deux semaines plus tard, c'est le directeur d'AdviserWeb en personne qui nous conseille dans une GIF animée de nous abonner à l'indispensable édito de Fabrice.

Entendons-nous bien : ce pauvre Fabrice n'y est pour rien. Il va de soi que si j'étais soutier du contenu, pointant chez AOL ou Wanadoo, je ne pourrais pas faire autre chose que l'éloge enflammé de sites médiocres mais partenaires. Et, à vrai dire, mon style risquerait de casser l'ambiance dans un supermarché. Pour espérer vendre, il faut être niais. C'est tout le talent de Fabrice.

« L'important sur Internet, c'est le contenu », répète-t-on partout. Et le marché de répondre par cette pitoyable « industrie de contenu » qui s'imagine attirer l'internaute en mettant au format HTML la bouillie consensuelle dont nous abreuvaient déjà les médias. Ce que ce qu'il nous faut, c'est de l'artisanat.

Pendant ce temps, bien sûr, les imbéciles innovent :

Un hôtel parisien organise un circuit sur les traces des derniers instants de la princesse Diana, un an après sa mort dans un accident de voiture à Paris. Le circuit partira de l'hôtel Ritz, Place Vendôme, où Diana et son ami Dodi Al Fayed ont pris leur dernier dîner, se dirigera vers la Place de l'Alma, où la Mercedes noire qui transportait le couple s'est écrasée. Les participants à ce tour seront ensuite conduits devant l'hôpital de la Pitié Salpétrière où le couple a été transporté après l'accident. « Nous avons décidé de ce circuit pour attirer des clients dans notre établissement », a expliqué le gérant de l'hôtel Odéon, l'hôtel de tous les couillons.

Saul, un enfant de 4 ans, doté d'un sexe de 21 cm et d'une surprenante précocité, est devenu la curiosité de la région de San Miguel de Pallaques, au nord du Pérou. « C'est lors d'un jeu à faire pipi le plus loin que nous nous en sommes aperçus », a affirmé à l'AFP le maire adjoint, qui avait alors perdu pour la première fois.

Les Françaises estiment que leurs compatriotes sont « assez actifs au lit », et se déclarent en majorité satisfaites sexuellement puisqu'elles « n'aimeraient pas faire l'amour plus souvent », selon un sondage BVA. Vous noterez qu'elles parlent de leurs compatriotes et pas de leur mari, et que lorsqu'elles disent être satisfaites, elles ne disent pas par qui.


Ce sera de l'information 11/06/98

Ca n'est pas pour me vanter, mais hier, j'ai lu une lettre hebdomadaire de marketing en ligne. C'est un peu comme des chroniques, sauf que ce n'est pas drôle du tout. J'en veux pour preuve cet extrait, au sujet d'une nouvelle forme de sponsoring dite « sponsoring de contenu » :

« Le message, c'est le medium ». Il s'agit donc d'intégrer l'annonce publicitaire directement dans l'information présentée. C'est l'alternative séduisante que propose le sponsoring, une réponse qualitative aux problèmes purement quantitatifs de la publicité par bandeau.

Dans son best-seller « Being Digital » paru en 1995, le visionnaire Nicholas Negroponte, directeur du Media Lab du MIT, écrivait: « A l'ère adulte du media digital, la publicité sera tellement intégrée dans le contenu qu'elle deviendra inséparable de l'information. Ce sera de l'information »

Je crois que je vais m'y mettre, afin de sacrifier à la sacro-sainte modernité. Je commencerai donc désormais mes chroniques par « après un bon bol de Ricoré, aucun libéral ne peut me résister. Avec mon OLA, j'appelle le 08.36.68.34.26 et j'apprends des super-arguments sur Bourdieu-On-Line, la première encyclopédie multimédia anti-libérale, 2,23F la minute ».

Ce sera de l'information.


Eloge des fleurs et des mots doux 11/04/98

« Nadine je vous aime » sur 12 mètres carrés dans le centre de Besançon : depuis lundi, le message d'amour d'un père solitaire pour une mère de famille, seule elle aussi, qu'il rencontre tous les matins de l'école où ils amènent leurs enfants, s'étale en grosses lettres sur une affiche de 4 mètres sur 3 dans le centre de Besançon.

J'ai trouvé ça mignon comme tout. Et si j'avais la fibre commerciale, je lancerais un panneau d'affichage virtuel multimédia et tout. Pour dire je t'aime sur le Web. Vous ricanez, bande de rétrogrades, mais je vois déjà le reportage de promo au 20h de TF1 - genre « vous pouvez désormais déclarer votre amour sur Internet ». Ca aurait un succès fou. Quelques bandeaux de pub pour des fleuristes ou des préservatifs et paf, votre fortune est faite. Dans la série des machins en «oo» de France Telecom, je pensais créer i-love-yoo.com. Ca m'a donné l'idée d'essayer www.iloveyou.com. Evidemment, ça existe déjà. Et aux Etats-Unis, bien sûr.

« Show the world how much you love that special someone ! », annonce la première page, avant de vous expliquer : « Post your personalized message over the Internet for the world to see and express your feelings for someone you love. It will be the best gift you have ever sent. »

En fait, c'est assez nul. La dernière mise-à-jour date de juillet 96. L'amour n'a pas l'air d'être très actif... Je viens de comprendre pourquoi. Je suis allé cliquer sur le formulaire de déclaration d'amour, baptisé « I LOVE YOU ORDER FORM » (ça fait drôlement romantique). Vous y trouverez « your name (optional) » et « your loved one's name (optional) ». Vous êtes ensuite conviés à entrer « your message to your loved one below: (100 words max.) ». C'est dur, une déclaration d'amour en 100 mots maximum. A remplir en caractères d'imprimerie dans les cases.

Mais le plus drôle, c'est le tarif de ce drôle de serveur : 10$ par mois, 30$ par an et 110$ pour 10 ans. Vous pouvez même avoir un lien vers votre home page, si vous ajoutez 200$ par mois ; pour 10$ par mois, vous pouvez faire apparaître une photo de vous deux.

Ca doit encore être mon côté rétrograde mais moi, à ce prix-là, je préfère envoyer des fleurs avec une déclaration manuscrite de plus de 100 mots.


Enseigner la méfiance 23/06/98

Le raccordement de l'ensemble des écoles au réseau Internet est une des priorités affichées par Claude Allègre. On ne saurait l'en blâmer. Toutefois, la vision étroite de nos technocrates -dégager les moyens matériels afin de permettre à chacun d'accèder au monde merveilleux de l'Internet- n'est pas satisfaisante. Le rôle de l'Education nationale n'est pas seulement d'assurer «l'employabilité» des élèves en leur inculquant la maîtrise des outils Microsoft. Pour répondre à sa mission citoyenne, elle doit avant tout enseigner la méfiance.

Professeur de technologie en collège, mon père avait prévu de mettre en place, dans le cadre d'un projet pédagogique, un site web présentant l'établissement scolaire. Après discussion, nous avons choisi d'y introduire une petite variante: le mensonge. Affecter par exemple Claude Allègre à la surveillance de la cantine et nommer Lagaf proviseur du lycée. Leur montrer ainsi qu'une information publiée sur un site n'a qu'une valeur très relative, puisqu'elle ne dépend que de son propriétaire. Et si les élèves s'amusent de l'imposture, ils seront plus sceptiques devant une information en ligne qui n'est souvent que propagande. Il serait également souhaitable de les informer du fichage permanent dont ils font l'objet. Leur expliquer que la plupart des sites commerciaux récoltent chaque jour plus d'informations sur leurs habitudes et sur leur vie privée. Ils doivent savoir que les entreprises pourront utiliser ces données à leur insu.

C'est en incitant l'élève à prendre du recul par rapport à l'information, à connaître suffisamment le réseau pour en déjouer les principaux pièges, que l'on formera de véritables citoyens du monde de demain. La politique actuelle inciterait plutôt à penser que l'on forme de futurs clients pour Microsoft et ses amis (lire Philippe Rivière, Les sirènes du multimédia à l'école, Le Monde Diplomatique, avril 1998,

 

Nous serons tous des frères 01/09/98

« L'Internet va révolutionner l'histoire de l'Humanité. Grâce à cet outil merveilleux de communication, les problèmes de frontières, de races, de religions vont disparaître. Nous serons tous des frères. Il n'y aura plus de guerre.

Des commerçants serviables, honnêtes et gentils vont bientôt nous proposer sur le web leurs produits dont on a tant besoin. La vie sera plus belle. On n'aura plus à se déplacer et faire la queue dans de grands magasins à l'hygiène douteuse. D'ailleurs, les bandeaux colorés et gais qui nous informent sur leurs produits donnent déjà un ton joyeux à ce web naguère si gris et monotone. »

Est-ce un discours de Claude Allègre ? Un vieil édito cynique de Guillermito, retrouvé sur uZine ?

Difficile de distinguer les zozos moqueurs des ministres menteurs.


INTERNET, ÇA CRÉE DES EMPLOIS

Le ministre de l'Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn a rappelé vendredi à Hourtin sa volonté de développer l'usage des nouvelles technologies, plus particulièrement dans le domaine du commerce électronique.

« Je suis persuadé que les nouvelles technologies de la société de l'information sont une occasion unique de renouer avec l'emploi sur notre continent » et qu'« aucune fatalité ne nous condamne à la permanence du chômage de masse », a-t-il dit en clôturant la 19ème Université d'été de la Communication. Ces déclarations n'ont pas pu être diffusées à la télé, tellement son nez s'allongeait pendant qu'il parlait.

Catherine Lapierre-Donzel, chargée de mission au ministère de l'Economie et des Finances, citait pourtant récemment, dans une note documentaire sur le commerce électronique, l'exemple d'Amazon.com, la plus grande librairie virtuelle sur Internet : « Amazon a des coûts d'exploitation extrêmement réduits par rapport à une librairie matérielle : plus de légions de vendeurs et d'acheteurs, plus de stocks lourds en rayonnage : restent seuls un centre informatique et une petite équipe éditoriale ». Ça crée des emplois.


INTERNET, ÇA REND HEUREUX

L'usage régulier d'Internet est un facteur de dépression et de solitude, selon une étude américaine citée dimanche par The New York Times. Le résultat de l'étude sur l'effet psychologique de l'usage domestique d'Internet montre que le réseau mondial favorise le développement d'« un certain malaise » même chez les gens qui ne sont pas sujets à la dépression.

« Les relations virtuelles entretenues via Internet sans face à face réel ne fournissent pas le soutien et la chaleur nécessaire au bien être et à la stabilité », concluent également les auteurs du rapport.

Ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire.
Je me demande bien ce que je fous là, d'ailleurs.
Je ferais mieux de me flinguer. Personne ne m'aime.


INTERNET, ÇA VOUS RÉVEILLE EN DOUCEUR

Heureusement, on peut enfin regarder Télé-Matin en Real-Vidéo sur Internet. C'est la grande nouveauté sur le site de France 2. Une nouvelle « quête de sens », je suppose.

Je pose la question : y aura-t-il des gens suffisamment givrés pour télécharger William Leymergie au réveil sur leur PC ? Est-ce un progrès ? Est-ce que ça n'explique pas la déprime des internautes ? Est-ce que ça crée des emplois ?


Les autoroutes de la masturbation 02/06/98
Je lisais récemment que les 10 requêtes les plus fréquentes sur Yahoo étaient, dans l'ordre : « sex, chat, Playboy, Netscape software, nude, porno, games, porn, weather, Penthouse ». Ce qui, il faut bien l'avouer, donne une image quelque peu fâcheuse de la société de l'information.

Je me suis donc autorisé un petit détour du côté des traces d'un célèbre moteur de recherche français. J'adore observer les requêtes des gentils utilisateurs. Toute la gamme des interrogations sexuelles se répand alors sur mon écran, du plutôt chaste « déshabiller », au « bondage asiatique », en passant par un espèce de cinglé (un abonné Wanadoo de la région de Rouen, sans vouloir cafter) qui réclame « bite » et « vagins+tétons » depuis une bonne demi-heure sans trouver, semble-t-il, satisfaction. Je ne vois d'ailleurs pas bien ce qui pourrait lui donner satisfaction. Sur un écran s'entend.

Je ne vous cache pas non plus mon étonnement devant la requête « sexe UNIX ». Les utilisateurs d'UNIX auraient-ils une vie sexuelle plus riche que les possesseurs de Mac ? Se laisseraient-ils aller a des perversions que les utilisateurs de Windows réprouvent ? Je m'interroge.

Et, pendant ce temps, les requêtes défilent toujours sur mon écran :« contrat duree determinee, esexe, tabatha cash, notaires authentique, gay, Alanis, lemonde diplomatique, Recyclage Métaux nobles, hardcore, creation page htm, eurosat, pornographie, foie gras, CANNAL+, cul+sexe, sex zoo sex girls, bioaccumulation, enculer, chansons paillardes, stars nue IMAGE, pornstar ». Une véritable merveille que cet inventaire à la Prévert où d'improbables sex zoo girls viennent côtoyer Philippe Delerm et le recyclage des métaux nobles.

Je dispose en outre d'une information supplémentaire, pour chaque requête : le nom de la machine appelante... J'ai notamment remarqué quelques connexions en provenance du Sénat. Soyez tranquilles, je les surveille.


Internet, ça rend intelligent 13/10/98

« Plus de sentiments, plus d'économies, plus de temps, plus de réussites ». Tels sont les effets d'Internet, si j'en crois la brochure d'un des principaux fournisseurs d'accès français. « Découvrez tout ce qu'Internet change dans votre vie », proclame la brochure. On y fait effectivement de grandes découvertes.

« Plus de temps », déclare la brochure. « Je veux organiser mes vacances sans perdre un après-midi ? ». Mot de passe Foutoidnoo : « En quelques minutes, je mets en mémoire des photos d'hôtels en Espagne et en Italie pour les consulter plus tard avec ma femme. Fini les piles de catalogues ». Personnellement, je suis sceptique. Je mets au défi quiconque d'être en mesure de présenter à sa femme un éventail de photos d'hôtels en Espagne et Italie sans y passer trois après-midis.

« Plus de réussites », poursuit la brochure, s'attaquant au point sensible, l'éducation des enfants : « J'ai un exposé sur les Mérovingiens à rendre lundi ». Mot de passe Foutoidnoo : « Je trouve beaucoup d'informations en tapant seulement le mot "Mérovingiens" dans l'annuaire QuiQuoiOuHeinComment. Je vais enfin avoir la meilleure note ». L'esprit de synthèse, on s'en fout. Un coup d'Altavista, un copier-coller sous Word et ça fait un exposé. C'est l'avantage d'Internet.

« Plus d'économies », ment-on plus loin. « Je dirige une PME qui fabrique des meubles de style provençal, mais je n'ai aucun budget pour la faire connaître ». Mot de passe Foutoidnoo : « Je dispose d'un espace gratuit pour présenter mes produits au monde entier. Mes bergères vont avoir du succès ». C'est le fameux mensonge d'IBM, l'utopie du e-business : il suffit d'ouvrir un site Web pour que des clients du monde entier liquident votre stock en moins d'une heure. Personne n'y croit plus. Les marchands pleurent devant leurs statistiques. Ils ne gagnent même pas de quoi se payer un mouchoir.

« Plus de sentiments », délire-t-on page 8. « La Corse me manque depuis que je suis parti travailler sur le continent ». Mot de passe Foutoidnoo : « J'ai tous les sites de mon île en mémoire sur mon ordinateur et je les consulte quand je veux. Sans prendre l'avion ». Je ricane. Nous ne pourrons être fiers d'Internet que lorsque les Corses pourront travailler depuis la Corse avec leurs clients, que ceux-ci aient la chance de vivre dans les Côtes d'Armor ou le triste privilège de déambuler dans les tours de la Défense.

Parce qu'entre nous, la mer en JPEG, c'est un peu décevant.


Solutions pour une petite défaite 01/06/98

Ce matin, votre marchand de journaux vous propose deux éditions de votre quotidien : la première, au prix normal, contient les publicités habituelles ; l'autre, vendue moitié prix, n'en contient pas. Vous choisissez bien évidemment la seconde ; hélas, pour y avoir droit, vous devez faire auparavant le tour du kiosque à journaux à cloche-pied.

Une situation incensée ? C'est pourtant le cas aujourd'hui pour la plupart des sites Web. Si, pour les médias traditionnels, la publicité a pour effet de limiter le prix de vente (voir la campagne :« sans la publicité, votre quotidien coûterait le prix d'un mensuel »), la situation, sur Internet, est inversée : l'informatique, seule industrie capable de vendre des voitures qui calent, est également capable de faire payer à l'utilisateur les publicités qu'il subit.

Pour qui fréquente les principaux sites d'audience (moteurs de recherche, annuaires, presse en ligne), le fait est connu : le chargement des publicités double, au bas mot, le temps de chargement de la page. Dans le cas des moteurs de recherche, le volume d'information utile est même négligeable par rapport au volume des bandeaux animés des annonceurs ; aussi, la version sans pub d'AltaVista est jusqu'à quatre fois plus rapide que la version classique. Il faut toutefois, pour en profiter, avoir fait plusieurs fois le tour de votre machine à cloche-pied afin d'en connaître les subtilités.

Mais la publicité en ligne n'est pas seulement responsable d'un surplus de trafic : elle préside également au choix des solutions techniques. Aux mécanismes de cache, destinés à limiter les accès distants aux documents les plus fréquemment accédées, elle oppose l'appel systématique aux serveurs des régies publicitaires : il est ainsi possible de connaître le nombre de « spectateurs » pour chaque bandeau, leur efficacité, mais aussi de les adapter à votre profil.

Ce qui ne serait peut-être qu'un inconvénient mineur sur des « autoroutes » dignes de ce nom est rendu inacceptable par l'infrastructure actuelle, en surcharge permanente. Indifférents au sort de l'internaute coincé sur sa vague, des spécialistes un peu niais agrémentent leurs sites Web de plug-ins, d'applets et de publicités dynamiques. Si ça les amuse... Ils déprimeront bien assez vite devant les compteurs de leurs galeries marchandes.

Car devant ce techno-crétinisme, les internautes ont déjà choisi : ils n'attendront trois minutes l'arrivée d'une applet Lustucru. Ils envahissent les forums, goûtent aux charmes des listes de diffusion. Bref, ils quittent l'autoroute.


Comment maigrir sur Internet ? 14/05/98

Les laboratoires américains Bell-Labs ont lancé récemment le projet Peloton, qui est au cyclisme ce que le cyber-sexe est aux ébats amoureux : « une compétition physique à laquelle les athlètes participent à l'aide de vélos d'appartement reliés par le Web ».

Les possibilités sont prodigieuses, nous explique Bob Ensor, le responsable du projet : « Notre principal but en réalisant Peloton, c'est de créer de nouvelles formes d'interaction sur le Web ou, plus exactement, de faire de l'activité physique une partie de leurs interactions via le Web. Actuellement, le Web permet d'échanger des messages écrits, des images et des sons. Avec Peloton, nous voulons permettre aux gens de partager leurs activités physiques avec des amis distants. Il s'agit bien sûr d'un début : en utilisant des tapis roulants, des rameurs, ou des "stair climbers" (littéralement : "machine à monter les escaliers"), les gens pourront utiliser le même mécanisme pour jouer à d'autres jeux ("to play other games" dans le texte) ».

Il suffira alors d'ajouter au système quelques images de stars : « faites du vélo avec Michael Jackson » (ça lui fera prendre l'air), « courez aux côtés de Julia Roberts » (ou de Woody Allen, pour les plus fatigués), ou bien « grimpez virtuellement les marches du festival de Cannes ». Les mauvais magazines pourront alors titrer : « comment maigrir sur Internet ? ». Succès assuré, au moins pour leurs ventes.



© Les Chroniques du Menteur, 2003
E-mail : Pierre Lazuly
http://menteur.com