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Jean-Marc Sylvestre
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Jean-Marc Sylvestre


[toutes les chroniques]

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  Le bug du chroniqueur  23 décembre 1999

L’histoire retiendra peut-être que c’est chez moi que le bug de l’an 2000 a frappé pour la première fois. En fait, c’est mon radio-réveil qui a commencé. Ça fait maintenant un bon mois qu’il est détraqué. Sans prévenir, ses petits cristaux rouges se sont mis du jour au lendemain à délirer.

Au début, forcément, ça surprend. Vous jetez un oeil au cadran, distraitement, juste pour savoir l’heure qu’il est dans ce monde de cinglés, et paf, vous vous retrouvez transporté dans la quatrième dimension.

Tenez, hier soir, quand je me suis couché, il était 23h72. C’est sacrément perturbant. Mais surtout, ce qui est angoissant, c’est qu’on ne sait jamais vraiment quand ça va passer à minuit. Ni même si ça va passer à minuit. À 23h72, on est serein, on se dit qu’il nous reste encore une bonne vingtaine de minutes avant minuit. Mais ce n’est absolument pas garanti. L’autre jour, c’est passé directement à 00h80. Ça fait tout de même une bonne heure de sommeil en moins.

Quoi qu’il en soit, ce bug-là, il est surtout sympa le matin. J’ai réglé mon réveil à 7h80. Je me suis dit que comme ça, j’éviterais d’un seul coup Jean-Marc Sylvestre et Brigitte Jeanperrin. Et puis, qui sait, peut-être qu’il y a des chroniqueurs très bien sur Inter, à 7h80 ?

Enfin, c’est ce que je pensais, naïvement, mais ça n’a pas marché. Ils doivent connaître le truc, à Radio-France, on ne leur fait pas. A 7h85, sur France Inter, ils rediffusent Jean-Marc Sylvestre ; c’est vraiment des pervers.

Après avoir écouté ses mensonges éhontés en ingurgitant mon fromage blanc à la vanille, je me dirige d’un pas décidé vers ma voiture. Il est alors précisément 4h20 du matin. Mais ça, je m’y suis habitué, ça fait plus de 6 mois que l’horloge de cette foutue Clio est bloquée. Et puis, comme Jean-Marc Sylvestre n’est pas rediffusé à 4h20, je ne dis trop rien.

Le plus étonnant, c’est qu’en partant à 4h20, il est quand même 8h10 lorsque j’arrive au boulot. Comme un Parisien un jour de grève du métro, sauf que le trajet est drôlement plus beau. La pendule du bureau, elle, elle ne plaisante jamais. Les heures défilent doucement, sans la moindre originalité. J’aurais bien mis mon radio-réveil à la place, histoire de partir plus tôt l’après-midi, mais ça ne se fait pas. L’horloge du salariat est la seule qui ne se détraque pas.

Du coup, on se retrouve avec 8 heures véritables à tuer ; il faut bien les occuper. Alors l’autre jour, pris d’une angoisse soudaine, j’ai profité de mon désoeuvrement pour vérifier que mon site était « Y2K compliant ». Naturellement, il ne l’était pas.

Parce que forcément, en bon informaticien, je n’avais pas réfléchi : j’avais pondu un truc qui « avait l’air de marcher », j’étais content, j’étais parti me reposer. Sauf que. J’avais bêtement codé la date de parution des chroniques sur deux chiffres. Je sais, c’est pas très original, mais bon c’est comme ça : mon site « ne passait pas » l’an 2000. Le 1er janvier, paf, toutes les chroniques disparaissaient. On se retrouvait d’un seul coup en 1900, et en 1900, c’est bien connu, les sites Web marchaient beaucoup moins bien.

Enfin maintenant, pour ce qui est du site Web, je ne me fais plus de soucis. C’est plutôt le bug du chroniqueur qui m’inquiète. Et celui-là, il serait plutôt du genre incorrigible. Tenez, depuis quelques temps, il fait rien qu’à abandonner lâchement son PC. Il paraît qu’il ne lit même plus la presse, qu’il passe son temps à lire des vrais livres, à voir des vrais gens et à se balader en prenant son temps. Si c’est pas malheureux, à une semaine de l’an 2000 !

Moi, franchement, ça me dépasse. Les marchands de liberté se saignent pour lui offrir des milliers de secondes gratuites, des forfaits Internet tout compris de 3h, 10h ou 18h, lui proposent des rencontres romantiques en direct sur AOL, et Monsieur préfère aller voir les gens pour de vrai. Il va falloir se soigner.

Encore faudrait-il avoir envie de se soigner.

« Il est si facile en somme de tourner le dos au travail, à la peur, à la récompense, à la punition, il est si facile de briser le miroir des rôles et de découvrir de l’autre côté la seule vraie réalité de la vie, le rayonnement d’une étreinte amoureuse, l’exaltation de créer, la rencontre fortuite, le changement de rythme organique, la saveur des choses libérée de l’insipidité marchande. Qui va au fond de soi sait comment construire le monde au verso des ruines qui l’encombrent. »

(Raoul Vaneigem, Le Livre des Plaisirs)

Sur ces belles paroles, je vous abandonne, parce qu’il est 9h73 et que c’est justement l’heure du café. Je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d’année.

Pierre Lazuly



Petit client deviendra grand  2 août 1999

C’est une véritable victoire de la morale et des bons sentiments : le tribunal de commerce de Paris a ordonné à France Télécom, le 16 juillet dernier, l’arrêt immédiat de la diffusion d’un spot publicitaire télévisé. Le fameux spot télévisé dans lequel on voyait une jeune fille stupide cracher son chewing-gum avec dédain dans le bout de papier sur lequel était inscrit le numéro de téléphone de son copain, celui-ci ayant eu la bêtise de choisir un concurrent d’Itinéris.

Le tribunal, saisi en référé par l’Association des jeunes activistes romantiques (AJAR), a en effet estimé que cette campagne revêtait un « caractère outrageusement débile et dépassait de loin le seuil maximal de bêtise autorisé par la Communauté Européenne [pourtant l’un des plus élevés au monde, ndlr] », et qu’elle constituait de ce fait un « trouble illicite ».

Enfin, pour être tout à fait exact, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. Le seuil maximal de bêtise étant en Europe pratiquement illimité - Lagaf est là pour le prouver - et la débilité presque recommandée, nul doute que l’AJAR, avec de tels arguments, se serait très probablement fait débouter.

Si le tribunal a effectivement estimé que ce spot constituait un « trouble illicite », ce n’est pas parce que celui-ci était stupide : il a, plus pitoyablement, accédé à la demande d’un concurrent aigri qui, je cite, « contestait la séquence dans laquelle on voit une jeune fille cracher son chewing-gum ». Le directeur général de Cegetel en personne avait même été jusqu’à pleurnicher à la barre, pour impressionner les jurés : « France Télécom empêche une baisse de tarif chez SFR et en profite en plus pour faire de la publicité comparative qui dénigre nos clients ». À l’issue de cette séance ubuesque, le tribunal lui aura donc donné raison. On ne dénigre pas impunément un client.

Mais c’est impunément, par contre, qu’on peut s’en prendre à ses enfants. D’ailleurs, l’été, les types du marketing sont toujours pleins de bonnes idées. Mon fournisseur d’accès m’ayant gentiment averti qu’en juillet-août, Wanadoo serait partenaire de plus d’une centaine de Clubs Mickey et que ses équipes y animeraient des concours de plages dotés de nombreux cadeaux, je suis allé m’en assurer.

Et j’en suis revenu bien déprimé. Les Clubs Mickey ne sont plus ce qu’ils étaient. Oh, bien sûr, ça n’a jamais été la panacée. C’est bien peu de chose comparé au bonheur d’errer librement entre mômes sur les Iles Chausey. N’empêche, c’était des vrais jeux pour les gosses, des bons vieux trampolines, de la gym. Avec pour toute invasion publicitaire de petits drapeaux jaunes vantant les mérites de quelque radio pour quadragénaires.

J’ai l’honneur de vous informer que les Clubs Mickey ont su s’adapter aux exigences de la modernité. Aux impératifs du marché. Exit les activités ludiques ; elles ne sont plus que support pour la mercatique. Rien n’est plus effrayant que le « planning de la semaine », affiché à l’entrée. « Aujourd’hui, journée Wanadoo », lisait-on, « et demain, journée France Telecom Mobiles ». (Ce que confirmait la présence, bien en évidence autour des trampolines, de multiples banderoles vantant les mérites du dernier kit de téléphonie mobile pour les enfants à partir de 7 ans).

Le samedi, c’est carrément la folie : c’est la journée « Journal de Mickey, RTL, Disney Channel et Télé 7 Jours ». Que je sois transformé en Jean-Marc Sylvestre si je mens. Ça devient presque impossible de se promener entre les trampolines sans se prendre les pieds dans une dizaine de banderoles. Les autres jours, c’est du classique : les glaces Kim, Gervais, Nesquik.

Parfois, en tendant bien l’oreille, on jurerait entendre une chanson. Celle du commercial apprenant aux enfants le fameux refrain d’Yves Duteil, « D’mande un mobile à maman ». Cette fois, c’est une certitude : on n’élève plus des enfants, on forme de nouveaux clients.

Pierre Lazuly



Éloge de Goh Chok Tong  16 novembre 1998

C’est en lisant Robert Castel (« Les métamorphoses de la question sociale ») que j’ai trouvé, et recopié sur mon cahier d’écolier, cette définition de l’homme libéral : « L’homme libéral est un individu rationnel et responsable qui poursuit son intérêt sur la base de relations contractuelles qu’il noue avec autrui ».

Cette définition est des plus objectives : elle satisferait à la fois Alain Madelin et Pierre Bourdieu. Et je crois rester tout aussi objectif en ajoutant qu’« individu qui poursuit son intérêt », c’est précisément la définition d’un égoïste. Quand j’étais petit, ma maman me disait toujours que ce n’était pas bien, d’être égoïste. Hélas, aujourd’hui, force est de constater que l’égoïsme est à la mode. L’égoïsme, c’est le progrès.

Le Premier ministre singapourien le regrette vivement. Goh Chok Tong vient en effet de s’élever contre l’égoïsme de ses concitoyens et d’exhorter ceux-ci à être « particulièrement gentils » les uns envers les autres. En 1996, lors de son discours de Nouvel An, le Premier ministre avait déjà émis l’idée d’une « semaine de la gentillesse » à Singapour, dont les habitants étaient selon lui trop concentrés sur leurs richesses personnelles et pas assez sur leurs qualités humaines.

« Quand le gâteau économique devient plus petit, certains ne pensent plus qu’en terme d’emploi à garder ou d’entreprise à sauver », a expliqué l’honorable Goh Chok Tong. « Pourtant, c’est dans ces moments-là que la gentillesse et la considération sont les plus vitales. Des actes de gentillesse faits en connaissance de cause font de nous des gens meilleurs ».

Opposer la gentillesse et la considération à la concurrence et la compétition, voilà un bien joli programme. Puisse-t-il devenir un jour celui de la Communauté Européenne...



PRÉCISION (suite à la chronique ci-dessus)

Un lecteur bien informé des choses de Singapour me précise que le gouvernement singapourien conduit depuis des années un programme de propagande pour la politesse dans les rues, mais que parallèlement le contrôle social y est extrêmement vigoureux : vidéosurveillance généralisée, etc...

« Je n’ai pas vu une seule rue qui donne un sentiment d’insécurité », confirme d’ailleurs une publicité de l’Office National du Tourisme de Singapour. La gentillesse voulue par Goh Chok Tong ne serait donc qu’une gentillesse de vitrine : « fais un sourire, tu auras des devises ». Un refrain tristement libéral...



LE PÉNIS AFFECTÉ PAR LA CRISE

L’information était révélée par Libération, le 23 octobre : « Si l’on en croit l’urologue brésilien Roberto Trulli, qui étudie la question depuis plusieurs années, la crise économique et la menace du chômage réduisent la taille du pénis en moyenne de 2cm ».

Voilà qui expliquerait la voix dépitée de Jean-Pierre Gaillard lorsque le CAC 40 est « en petite forme », et l’excitation du même lorsque le CAC 40 « se reprend » ou « dépasse un nouveau seuil psychologique ». Voilà qui expliquerait aussi l’obsession d’un Dominique Strauss-Kahn qui ne rêve que d’une croissance de 3%.

Mais le plus amusant dans ce genre d’enquêtes, c’est toujours les enquêteurs. Pensez donc qu’il existe au Brésil un urologue dont le travail, depuis plusieurs années, consiste à mesurer chaque jour le sexe des passants et à reporter ces mesures sur un grand papier millimétré où figure également les fluctuations du Dow Jones. C’est une vie des plus misérables.



EN BREF...

Un artiste italien qui avait pris pour habitude d’exposer ses propres excréments dans des boîtes hermétiques sous le titre « Déjections d’artiste » vient d’obtenir d’un musée de Copenhague la somme de 220.000 francs à titre de dédommagement. La température du musée étant trop élevée, son oeuvre lui avait été rendue « dénaturée ».

Un banquier fraudeur pensait échapper aux photographes qui l’attendaient devant le Tribunal de Londres en portant une perruque, un sac à main et une robe à fleurs. Raté. C’est donc dans cette tenue qu’il a eu le lendemain les honneurs de la presse.



QUAND JE N’ÉCRIS PAS, JE GROSSIS

Vous l’aurez compris, les chroniques font aujourd’hui leur retour. Il serait exagéré de parler d’une nouvelle formule ; disons que les chroniques seront désormais moins fréquentes mais plus travaillées. Ce nouveau rythme de parution devrait me permettre de mener en parallèle d’autres activités journalistiques.

Vous trouverez également sur le site plusieurs recueils de chroniques, sous forme de cahiers thématiques à imprimer. Vous pouvez aussi, avec le concours de Radio-France, écouter en RealAudio les chroniques de l’impayable Jean-Marc Sylvestre.

Je dois enfin vous avouer que la motivation m’est revenue à la lecture de vos derniers courriers. Il fallait sans doute que je suspende les chroniques pour comprendre que je devais les continuer. Vous avez gagné. Ne vous sentez pas pour autant obligés de réagir à chacune de mes chroniques (je serais bien embêté), mais n’hésitez pas à me faire part de vos remarques et des informations croustillantes qui viendraient à passer sous vos yeux...

Pierre Lazuly



Être cruel sans le savoir  17 septembre 1998

« S’envoler vers l’Asie en dégustant des mets exquis accompagnés d’un grand cru » : tel est le concept novateur proposée par la compagnie aérienne allemande Lufthansa à ses gentils clients. Emile Jung, un célèbre chef alsacien, a ouvert début septembre ces vols hautement gastronomiques, réservés aux clients les plus malins : les détenteurs d’un billet Business Class.

Les menus, présentés comme dans un feuillet cartonné imitant la peau du crocodile, allient des ingrédients typiquement alsaciens et des saveurs égyptiennes. Parmi les mets proposés : une terrine de filets de harengs accompagnée d’une mousse de poivrons rouges, suivie d’un filet de sandre sur choucroute aux baies de genièvre ou d’une blanquette de veau à l’égyptienne. La carte des desserts renferme des délices tels que le parfait aux noix à la bergamote ou encore des baies sauvages en gelée.

Cette initiavive intervient dans la cadre du « nouveau produit long-courrier » de la Lufthansa, laquelle souhaite améliorer ses prestations (le contraire m’aurait étonné) afin de mieux répondre aux attentes de ses clients, lesquels s’en vont profiter des « opportunités offertes par la crise asiatique » (dixit Jean-Marc Sylvestre).

Peut-être auront-ils la chance d’apercevoir, en dégustant leur dessert, la décharge publique de Békasi, où vivent 15.000 personnes, dans un paysage cauchemardesque, sur un tapis de mouches noires, à moins de cinquante kilomètres au sud des immeubles de verre et d’acier de Jakarta.

« Ils viennent de partout, de Sumatra, de Jakarta, de Java, je sais, je suis l’un d’eux », explique Narman, arrivé il y a plus d’un mois avec sa femme, sa fille et quatre autres familles. Plus d’argent pour acheter des pesticides, une récolte dévorée par les insectes, plus rien à manger : leur dernier espoir, c’était la grande ville.

Ils ont appris à vivre dans sa décharge : 1 kilo de papier rapporte 300 roupies (0,3 dollars), une bouteille de plastique aussi, une boite en carton 400. Si toute la famille s’y met, ils peuvent arriver à faire 7.000 roupies dans la journée (0,63 dollars). « Ce n’est jamais assez. Il nous faut 10.000 roupies par jour mais on arrive jamais à en faire plus de 7.000. Le prix du riz a doublé, pas celui des ordures », explique Narman. Pour être autorisé à construire sa baraque au milieu des ordures, il a dû débourser un loyer de 10.000 roupies.

Le client, heureusement, ne sait rien de tout ça.
Il en perdrait l’appétit.

« Il y a des mineurs sous la terre qui piochent pour un rentier. Il y a des confectionneuses en chambre qui s’épuisent pour les coquettes acheteuses d’un grand magasin. Il y a des malheureux en ce moment, qui ajustent et collent des jouets par centaines, et à vil prix, pour le plaisir des enfants riches. Ni les enfants riches, ni les élégantes, ni les rentiers ne pensent à tout cela [...] Chacun, à toute minute, tue le mandarin ; et la société est une merveilleuse machine qui permet aux bonnes gens d’être cruels sans le savoir »
(Alain, « Propos sur le bonheur »).

Pierre Lazuly



La fête des bénéfices  16 septembre 1998

Un remaniement ministériel devrait être annoncé dans les tout prochains jours par Lionel Jospin, si l’on en croit la rumeur persistance dans les couloirs de la dernière Université d’été du Parti Socialiste. Selon nos informations, le Ministère de la Culture serait le premier touché : il serait alors rebaptisé « Ministère de la Culture d’Entreprise ».

Pour succéder à Catherine Trautman, le nom de Jean-Marc Sylvestre est le plus souvent avancé. « Il incarne mieux que quiconque les nouvelles valeurs de la gauche », déclarait à son sujet Dominique Strauss-Kahn, au cours d’un colloque intitulé « Le théâtre et les stock-options ».

« La Culture est une valeur archaïque. Elle ne crée pas d’emplois », déclarait de son côté Claude Allègre, l’un des principaux instigateurs du projet. « La Culture d’Entreprise est le paradigme fondateur du socialisme moderne. Elle mérite son ministère », confirmait par ailleurs un proche conseiller du Premier Ministre.

Jack Lang, effondré à l’annonce de la nouvelle, a aussitôt demandé à Lionel Jospin des garanties concernant le maintien de la Fête de la Musique, la grande manifestation musicale qu’il avait créée lorsqu’il était en charge de la Culture, en 1981. « Celle-ci sera maintenue », a confirmé Lionel Jospin, « mais elle devra s’adapter ».

La Fête des Bénéfices (c’est son nouveau nom) permettra aux entrepreneurs d’expliquer au grand public la clé de leur réussite. « Le caractère festif de ces manifestations sera préservé. Les discours seront suivis d’un concert de Pascal Obispo retransmis simultanément sur Internet », pouvait-on lire sur le brouillon d’un technocrate inspiré.

Le Ministère de l’Education, lui, ne devrait pas être trop affecté. Il sera toujours dirigé par Bill Gates.

Pierre Lazuly



Le souhaitable et improbable contrat  3 septembre 1998

Décidément, Laurent Joffrin est en pleine forme. Dans Libération ce matin, tout son talent de chien de garde trouve à s’exprimer : « Que n’a-t-on dit sur les emplois-jeunes ! Faux travailleurs, agents d’ambiance, chaouchs gentillets, brasseurs de vide du jospinisme benêt, pantouflards de l’inutile [...] Un an après, les clichés poujadistes s’estompent. Dans l’Education nationale, le diagnostic est clair. Ils ont trouvé leur place et, par là même, prouvé leur utilité. »

Qui a jamais nié l’utilité que pourrait avoir du personnel supplémentaire dans les écoles ? Jamais les besoins de soutien, qu’il soit éducatif ou social, n’ont été si criants.

Mais est-ce être poujadiste, alors que l’on déplore la progression du travail précaire, de demander à l’Etat de montrer l’exemple, de proposer de vrais contrats et de former des jeunes à un véritable métier ?

Est-ce être poujadiste que de regretter que des emplois-jeunes soient utilisés à la Poste pour habituer les clients aux guichets automatiques, plutôt que d’être formés au métier de postier ?

« Entre le souhaitable et improbable contrat à durée déterminée, droit élémentaire, mais de facto rationné, et le décourageant circuit des stages à répétition, le candidat à l’emploi peut trouver là un sas crédible, propédeutique honorable au monde du travail. »

C’est beau comme du Jean-Marc Sylvestre : « Le souhaitable et improbable contrat à durée déterminée ». Quelle résignation ! Et je ne vous parle même pas de contrat à durée indéterminée : il faut être pragmatique.

Les instituteurs, bien sûr, Manpower pourra bientôt nous en proposer. Pour le moment, l’opinion n’y est pas préparée. On y travaille. Mais en attendant, avouez que les emplois-jeunes, ce n’est déjà pas si mal : « recrutés, comme tous les emplois-jeunes pour satisfaire « des besoins émergents », environ 30 000 aides-éducateurs sont déjà en place dans les écoles primaires. Ils sont payés au Smic, soit 5 200 francs net pour un service théorique de 39 heures ».

Même Manpower ne fait pas mieux pour des BAC+2.

Et lorsque ces jeunes se retrouveront, cinq ans plus tard, sur le marché du travail, vous verrez qu’ils se verront répondre qu’« ils ne connaissent rien des réalités du monde de l’entreprise ». Dur dur d’être un éducateur flexible.

« Un premier point décisif, en effet, est acquis : on craignait les faux emplois ; on débouche sur un vrai travail », conclut avec brio Laurent Joffrin.

C’est sûr : si on ne se soucie ni de la durée du contrat, ni du salaire, ni de l’absence de formation, on peut y voir « un vrai travail ».

Pierre Lazuly



Boris, tu me fais kracker !  27 août 1998

Pauvre Jean-Pierre Gaillard ! Lui qui avait attendu la fin du mois d’août pour s’offrir une semaine de vacances en espérant battre enfin Jean-Marc Sylvestre à la pétanque : à peine avait-il quitté la capitale que le CAC 40 s’effondrait. Ah, le pauvre homme ! Lui qui confiait récemment à Libération qu’il ne pouvait s’empêcher de jeter un oeil à la bourse de Tokyo lorsqu’il se levait la nuit pour pisser, cette fois c’est sûr, ses vacances sont gâchées. Même les moules-frites de Berck-Plage auront un arrière-goût de récessionnite.

Le ministre de la Méthode Coué, Dominique Strauss-Kahn, en était presque pathétique, déclarant hier au cours d’un point-presse : « En 1999, la croissance sera forte. Ce sera peut-être 2,8, 2,9 ou 2,7% ». Pauvre homme, pinaillant au sujet d’hypothétiques décimales à la veille d’une récession mondiale. Il se permet pourtant de faire les gros yeux à Boris Eltsine ; un Boris Eltsine qui de toute façon, selon CBS, s’apprêterait à démissionner. Ce qui serait terrible : s’il perd son travail, il risque de se mettre à boire.

Car DSK et son homologue allemand en sont encore aux remèdes FMI : ils appelent dans une lettre les autorités russes à engager des réformes économiques profondes (la fameuse « politique d’austérité »), faute de quoi la communauté internationale n’augmentera pas son aide.

On se souvient pourtant des déclarations de Tchernomyrdine, mardi : « La priorité sera la défense des intérêts sociaux de la population, le paiement des salaires et la politique industrielle de l’Etat, car on ne pourra pas faire sortir la Russie de la crise par des mesures uniquement monétaristes ».

La Banque mondiale vient justement de découvrir qu’il était « louable de rompre avec des politiques restrictives qui ne font qu’aggraver la récession ». Ou fait semblant de le découvrir, maintenant que la crise financière ne peut plus être endiguée par le FMI. Jusqu’ici, celui-ci injectait dans l’économie du pays en crise quelques milliards de francs (provenant des fonds publics des autres états) pour limiter les dégâts occasionnés par des spéculations à haut risque. Privatisation des profits et nationalisations des pertes : une vieille habitude. Aujourd’hui les caisses publiques sont vides, et les investisseurs sont inquiets : le Dow Jones perdait hier 4,1% en fin de séance.

Ils me font marrer, les investisseurs. Ils vous répètent à longueur d’année qu’« investir, c’est prendre des risques », et lorsque justement se profile le risque, ils quittent le navire : ils se défont des actions des leurs merveilleuses entreprises pour se rabattre sur les obligations de cet état archaïque mais tellement rassurant. Bande de lâches !

Pierre Lazuly



La filiale sans nom  1er juillet 1998

« Internet : un nouveau terrain d’expression pour les passionnés de l’écrit », annonce fièrement la publicité d’une « filiale d’un des premiers groupes de communication » qui n’ose pas dire son nom. Ma foi, ne suis-je pas un passionné de l’écrit ? N’ai-je pas « déjà compris qu’Internet [serait mon] nouveau vecteur d’expression » ?

Je m’apprête donc à informer le sympathique cabinet Consulting & Search VIDAL Associates que je suis, sans nul doute, l’un des « collaborateurs à fort potentiel » tant désirés par la filiale sans nom, et que je mettrai mon dynamisme et ma créativité au service de leurs produits multimédia, et veuillez agréer gnagnagna.

Fort de mon expérience, je dédaigne le poste de Webmaster (« internaute passionné maîtrisant les outils ») et lorgne vers le poste prestigieux de Responsable Editorial : « Intégralement responsable du site et de son contenu éditorial, vous animerez votre équipe avec enthousiasme ». Décidément, mon nouveau boulot sera merveilleux.

Je me sers donc une bière et poursuis ma lecture : « En synergie avec l’équipe marketing, vous définissez la politique éditoriale ». Quoi ? Que lis-je ? Il y aurait sur notre réseau bien aimé des sites Web dont le contenu rédactionnel serait dicté par de basses considérations marketing ? Je n’ose y croire.

« Par votre sens des opportunités, vous initiez des partenariats et concevez des opérations de promotion ». Mais pourrai-je un jour promouvoir Jean-Marc Sylvestre ou tout autre Footix de la pensée unique ? Arriverai-je sans vomir à initier un partenariat avec MédiaPost pour « valoriser » le profil de mes lecteurs ? Serai-je seulement capable d’animer avec enthousiasme mon équipe d’éditeurs chargés de « définir la structure, le contenu de l’information (sic) », et les « ouvrages à valoriser » ?

Je crois que mon sens des opportunités est en train de me lâcher. Je continuerai donc à tenir cette modeste chronique, ce pendant que les soutiers de la filiale sans nom accoucheront d’applets splendides vantant les mérites du dernier roman d’une Mazarine Pingeot.

Pierre Lazuly



Le salaire de la peur  19 mai 1998

Ainsi donc, Ernest-Antoine Seillière souhaite instituer des « emplois-client », dont le salaire serait régi par les seules « lois du marché ». Grand seigneur, EAS laisse le soin à l’Etat de financer s’il le souhaite la différence entre le SMIC et le salaire consenti par l’entreprise. Tel est le « projet espoir » du baron Seillière.

Ce doit être mon côté archaïque, mais le salaire régi par les « lois du marché », ça m’a fait bondir. Par l’un de ces détournements de langage dont les libéraux sont coutumiers, il devient dans la bouche de Jean-Marc Sylvestre : « le salaire que peuvent payer les entreprises ». Entendez par là : le salaire maximum que l’entreprise peut - sans nuire à son activité - verser à ses « collaborateurs ».

Mais le salaire régi par les « lois du marché », c’est cette bonne vieille loi de l’offre et de la demande. Elle est déjà en vigueur pour les cadres - voir par exemple l’envolée des salaires des informaticiens -, il ne restait plus qu’à l’appliquer au bas salaires, encore protégés par une législation contraignante (et « archaïque », bien sûr). A la différence près que, alors que le marché du travail déplore une pénurie d’informaticiens, le vivier de chômeurs laisse envisager sereinement, en cas de dérèglementation, une baisse sensible des rémunérations pour les emplois peu qualifiés. Tel est l’« espoir » du baron. Ca vit de peu de chose, finalement, un baron.

Je pensais à Jean-Marc Sylvestre, ce matin, en mangeant mon fromage blanc à la vanille. Lui aussi, il devra s’adapter. Maintenant que le MATIF a fui vers Francfort, la Bourse de Paris va devoir créer une nouvelle valeur. Selon mes informations, elle devrait s’appeler « la VISS » (pour Valeur Instantanée du Salarié de Seillière). L’expression « serrer la VISS » est d’ailleurs déjà passée dans le langage courant.

On peut déjà imaginer la chronique de l’abbé Sylvestre : « malgré une belle progression de la valeur informaticienne (+6,4% pour les ingénieurs, +3,7% pour les techniciens), due essentiellement à une rumeur d’achats massifs d’informaticiens par Cap Gemini, le VISS termine en net repli, avec toujours les plus fortes baisses chez les salariés archaïques. Les musiciens terminent à -5%, les romanciers non mazarinés à -7%, alors que les titres de philosophie et de sociologie s’échangent à moins de 3 francs. Plutôt acheter Eurotunnel ! (rires). A noter la bonne tenue des hôtesses de caisse en dessous des 13 francs de l’heure, grâce à l’arrivée sur le marché des fonctionnaires privatisés, bien sûr, mais aussi grâce aux stages d’exclusion recommandés par la Commission Européenne afin de sensibiliser les salariés aux risques encourus par les grévistes. En somme, rien que des bonnes nouvelles, Patricia. A demain, 7h25, toujours sur Bouygues Inter. »

Comme le soulignait Olivier Cyran, célèbre trotskyste anglais : « il n’y a jamais eu aussi peu de grèves en France depuis de 50 ans. Pas besoin de supprimer le droit de grève, la trouille du chômage fait ça tout seul ».

Et c’est ainsi que se fera le grand miracle libéral.

Pierre Lazuly



Chroniqueur Officiel du Mondial  17 mai 1998

Je viens de découvrir, dans un magazine d’informatique, une publicité pour l’« Onduleur Officiel de la Coupe du Monde », puis, dans un mauvais hebdo télé, un encart vantant les mérites du « Lave-Linge Officiel de la Coupe du Monde ». Cette fois, c’est décidé : je serai le Chroniqueur Officiel de la Coupe du Monde. Car si j’en crois les médias, vous ne vous intéressez plus qu’à ça. Vous vous foutez de la misère en Indonésie comme de la misère dans la rue d’à côté, des massacres en Algérie comme des « shoot them all » permanents dans les collèges américains : seule compte désormais pour vous l’approche de la grande fête du football.

Même France Inter, une radio que je soupçonnais encore d’intelligence malgré la présence à l’antenne du regrettable Jean-Marc Sylvestre, même France Inter commençait ce week-end ses journaux d’information par des âneries du genre : « Je sais que vous êtes rendus quasi-insomniaques par ce suspense insoutenable : la sélection de Mémé ». A savoir : l’idendité des six bipèdes qui n’auraient même pas la joie d’être remplaçants dans l’Equipe de France. Je ne connaissais d’ailleurs aucun des joueurs cités ; c’est dire si la sélection de Mémé risquait de me rendre insomniaque.

Mais puisque telles sont vos préoccupations, mes petits Footix adorés, je vais m’efforcer, avec une abnégation qui n’a d’égale que mon désintéressement, de « couvrir » dignement pour vous le Mondial. Vous pourrez donc découvrir ici les Chroniques Officielles du Mondial, avec le concours de France Télécom, Sybase, Hewlett-Packard, Kronenbourg et MacDeBière :

  • Découvrez une interview exclusive de Serge Lama : « mon plus beau rot, c’était après une Kanterbrau ».
  • Goûtez le menu exclusif Happy-Meal Kronenburger spécial Mondial !
  • Découvrez en exclusivité le nouveau téléphone mobile de Footix et son abonnement malin !
  • Et toi, petit, si tu veux devenir un vrai footballeur, n’oublie pas de demander un Tatoo à ta maman !

    France 98. C’est con, mais vous achetez tout.

    Pierre Lazuly



    L’économie aujourd’hui  19 avril 1998


    -  France Inter, 7 heures et 25 minutes, « L’économie aujourd’hui », Jean-Marc Sylvestre bonjour !

    -  Bonjour Patricia.

    -  Un nouveau record à la bourse de Paris, Jean-Marc ?

    -  Un nouveau record de connerie, oui. Tout cela n’a pas beaucoup d’importance, ma chère Patricia.

    -  Mais, Jean-Marc ! Et la confiance des marchés ?

    -  Ca s’en va et ça revient, c’est fait de tous petits riens...

    -  Mais que faut-il conseiller aux petits épargnants, alors ?

    -  De tomber amoureux, Patricia. C’est la seule valeur qui ne va pas dégringoler.

    -  Vous êtes devenu malade, mon pauvre Jean-Marc Sylvestre !

    -  Je suis juste amoureux.

    -  Ce n’est tout de même pas la première fois que ça vous arrive ?

    -  C’est tellement différent ! Avant, quand je pensais à l’amour, je rêvais du monospace pour mettre la famille dedans, de la cuisine aménagée et des cédéroms pour les enfants. Avec elle, c’est...

    -  C’est ?

    -  Je ne sais pas, Patricia... Il me semble que je pourrais vivre d’amour et d’eau fraîche...

    -  Mais c’est horriblement archaïque, Jean-Marc !

    -  On peut être archaïque et heureux.

    -  Donnez-nous au moins l’indice Nikkei !

    -  On s’en fout. Les Japonais ne sont pas heureux. Il faut réduire leur temps de travail. La semaine de 4 jours, ça laisse 3 jours pour faire l’amour.

    -  A lundi, Jean-Marc Sylvestre. Reposez-vous, surtout.

    -  Non, Patricia, lundi je ne viens pas ! Rien à foutre des marchés, j’ai déjà bien assez gagné.

    Pierre Lazuly



    Eloge des flexiborimaires  18 avril 1998

    L’imbécile du jour s’appelle Patrick G. J’ai déniché cet intéressant spécimen ultra-libéral sur le Forum de l’Emploi de Wanadoo. Je vous copicolle ci-dessous les arguments de cet idionaute, c’est beau comme du Jean-Marc Sylvestre.

    « Les réactionnaires aujourd’hui sont à gauche », écrit Patrick G., avant d’expliquer : « l’homme nouveau est mondialisé, adapté à la concurrence et il regarde vers le haut ce qui lui demande un effort pour l’atteindre et pas vers le bas : les acquis qu’il a obtenus en période de croissance et que l’on n’a plus les moyens de lui maintenir. Le progressiste est libéral : c’est bien dans ces pays où le plein emploi est atteint. Le réactionnaire veut conserver ses avantages sociaux acquis de haute lutte qui sont obsolètes, et pour payer ces avantages là : il fait peser sur le pays une dette qui fera augmenter encore et encore les prélèvements obligatoires, rendant le main d’oeuvre non qualifiée de moins en moins embauchable ».

    Délicieuse contradiction de cet âne libéral : « les acquis qu’il a obtenus en période de croissance et que l’on n’a plus les moyens de lui maintenir ». Mais ne sommes-nous pas en période de croissance ? Tous les indicateurs économiques ne sont-ils pas au vert ? S’il est une opinion partagée par l’ensemble des analystes, c’est bien celle-ci. La production des richesses fonctionne à merveille. Seule leur répartition est en panne.

    Patrick G. nous propose également sa méthode pour réduire le chômage : « Pour tout essayer vraiment, prenons une seule mesure : réduisons le train de vie de l’Etat de 40 % et dans 3 ans, il n’y aura plus que 400 000 chomeurs. Tous les pays qui ont réduit ce train de vie ou n’ont pas eu besoin de le faire car il était raisonnable ont un chômage dérisoire ».

    Mais réduire « le train de vie de l’état » de 40%, dans la bouche d’un libéral, cela signifie limiter le rôle de l’Etat au seul maintien de la sécurité et aux sauvetages financiers. Démanteler ce service public (« archaïque »), réduire nos avantages sociaux (« obsolètes »), créerait donc des millions d’emplois ? Remplacer des fonctionnaires par des flexiborimaires plus productifs permettrait donc d’augmenter le nombre d’actifs ?

    A moins que l’on ne considère comme « emploi » toute activité, aussi partielle, aussi misérablement payée soit-elle. L’esclavagisme aussi assurait le plein emploi et des charges sociales tout-à-fait acceptables. L’Angleterre a changé vingt fois en trente ans son mode de calcul du chômage : il est aujourd’hui aux alentours de 5% (« dérisoire »), mais la misère n’a jamais été aussi grande. La progrès, « le miracle anglais », c’est qu’aujourd’hui, les pauvres travaillent. Et leurs enfants aussi - on estime à 500.000 le nombre d’enfants de moins de 13 ans travaillant en Angleterre.

    Et c’est ainsi que se fera le grand miracle libéral.

    Pierre Lazuly



  • © Les Chroniques du Menteur, 2008
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