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Le lobby des cons finis
5 octobre 1999
Grand raout d’entrepreneurs aigris, hier après-midi à Paris : « Qui fait la richesse de la France ? » « C’est nous ! » hurlent 25 000 bouches ravies. « Qui assure l’emploi de millions de Français ? » « C’est nous », hurlent-elles encore plus fort. « Qui est ignoré, méprisé ? » « C’est nous ! » s’étranglent les entrepreneurs, ravis. Il ne manquait que la chute : « Qui est-ce qui licencie et qui récolte en échange des millions de francs de stock-options ? » « C’est nous ! », auraient braillé, enthousiastes, les valeureux entrepreneurs. Avec Philippe Jaffré dans le rôle de l’enfant de choeur.
Entre 20.000 et 30.000 chefs d’entreprise s’étaient donc réunis lundi à Paris à l’appel du MEDEF et de la CGPME pour protester contre le projet de seconde loi sur les 35 heures et la politique du gouvernement Jospin. « Le premier jour d’une reconquête de l’opinion par les entrepreneurs », selon Ernest-Antoine Seillière. Dans une ambiance surchauffée, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, les chefs d’entreprise ont, à de nombreuses reprises, hué le gouvernement et s’en sont particulièrement pris à la ministre de l’emploi, en scandant « démission » à la prononciation de son nom. Un peu comme des chasseurs insultant Dominique Voynet, vous voyez ? À la tribune, les orateurs populistes défilent. « Je crains », éructe l’imbécile président de la Fédération du bâtiment, que cette « loi, rejeton de myopes et de sourds », ne produise « une France d’assistés, de protégés et de dormeurs ». Il prédit la « fracture entre ceux qui osent dirent qu’ils aiment leur travail et ceux qui ont choisi de s’y ennuyer ». Et cet autre entrepreneur qui n’en revient toujours pas d’avoir été sommé par l’Inspection du travail de discuter avec un syndicaliste : « Des gens qui sont là depuis 10 ans, 20 ans ! », s’énerve-t-il. On le comprend, c’est énervant, des gens qui ont réussi à garder leur emploi si longtemps. « Quand on voit l’Etat fixer les temps de casse-croûte dans les entreprises chimiques et les temps d’habillage et de déshabillage dans les Travaux publics, nous pensons que le socialisme d’Etat n’est pas loin », avait déclaré le baron Seillière lundi matin sur Europe 1. « Une limite nous paraît dépassée. Le gouvernement commence à déborder sur la liberté d’entreprendre, il y a une tendance très abusive de l’Etat à pénétrer dans le domaine social ». Peut-être parce que le gouvernement sait très bien que certains patrons, si l’on ne « déborde pas sur leur liberté d’entreprendre », infligent à leurs salariés l’humiliation des pauses pipi à heure fixe.
Démonstration de force d’un patronat joyeusement réactionnaire. « Loi Aubry, loi pourrie », résumait une banderole tenue par les chefs d’entreprises aigris. Il suffisait que le nom du Premier ministre Lionel Jospin soit prononcé pour que les huées fusent. Pauvre Lionel Jospin ! Lui qui privatise tant qu’il peut, qui flexibilise à tour de bras ! Ah, ces entrepreneurs, quels ingrats ! Car naturellement, le patronat prétend ne rien avoir obtenu sur les 35 heures, bien que Mme Aubry lui ait fait de nombreuses concessions, en octroyant notamment une période de transition d’un à deux ans sur les heures supplémentaires, qui, de fait, repousse d’autant l’application effective des 35 heures. Arrogant et cynique, résolument populiste, le vice-président du MEDEF, Denis Kessler, a profité de la tribune qui lui était offerte pour faire conspuer « la France qui bulle » et applaudir « la France qui bosse », sous le regard attendri de Charles Millon. « Nous sommes la seule démocratie où il y a encore plus de fonctionnaires que d’actionnaires ». Drôle de démocratie que cette « démocratie libérale » dont les droits de vote sont proportionnels à la valeur de votre portefeuille. Denis Kessler a également qualifié d’« inacceptable » le fait que des militants CGT aient momentanément bloqué dans la matinée des trains transportant des patrons. Le fait que des millions de salariés, crevant de trouille devant l’autorité patronale, restent bloqués dans leurs entreprises et n’osent même plus exercer leur droit de grève, n’avait pas l’air de le déranger. Voilà, sans doute, la véritable raison pour laquelle, comme le titre Libé, la CGT « a moins mobilisé » hier que le MEDEF. La CGT qui, avec sa mauvaise foi habituelle, reprochait au projet de deuxième loi Aubry de banaliser l’annualisation du temps de travail et de prévoir des allègements de cotisations sociales patronales, sans vraie contrepartie en matière de création d’emplois. La CGT qui osait demander une définition précise du temps de travail effectif et un traitement similaire pour les cadres. Le MEDEF et la CGPME - soutenus naturellement par les agriculteurs imbéciles de la FNSEA - ont donc remporté « un incontestable succès » en mobilisant autant que lors de la manifestation organisée en décembre 1982 pour dénoncer une autre loi parfaitement absurde, celle sur les 39 heures. Leurs précédentes mobilisations, je suppose, devaient être contre le vote des femmes et contre l’abolition de l’esclavage. Pendant ce temps, dans les centrales nucléaires, les employés n’ont pas vraiment le moral. On apprenait ainsi qu’un salarié était décédé « suite à un accident non nucléaire » (quel réconfort !) dans la nuit de samedi à dimanche dans un bâtiment réacteur de la centrale nucléaire de Flamanville. Retrouvé mort, au pied de son échafaudage, « dans la tenue respiratoire réglementaire ». La gendarmerie et les services d’EDF ont naturellement ouvert une enquête. Il semblerait, selon les premières constatations, que cet « accident non nucléaire », intervenu alors que la centrale était à l’arrêt pour travaux de maintenance, « aurait pour origine (sic) un problème respiratoire ». EDF avance même, candide, qu’en « toute hypothèse, à la fin de son intervention, alors qu’il s’apprêtait à quitter son chantier, il semblerait que le flexible d’alimentation en air se soit débranché ». C’est bien normal. Jean-Yves Brémont, 34 ans, salarié de la société Wanner au Havre, est donc décédé, tout bonnement, « des suites de problèmes respiratoires ». Ça va bientôt être de sa faute. Le 24 septembre, cette fois au centre de retraitement de La Hague, deux salariés de la COGEMA, deux privilégiés à qui un entrepreneur altruiste avait pris le risque d’offrir un emploi, avaient déjà été victimes d’un accident du travail dans l’atelier de maintenance des emballages de transport « pour un problème respiratoire ». Cet accident « non nucléaire » avait coûté la vie à l’un d’eux alors que l’autre est toujours dans le coma à l’hôpital de Cherbourg. C’est fou le nombre de salariés qui ont des problèmes respiratoires ces temps-ci, dans les centrales.
Dans le langage managérial, on appelle ça un « plan social de motivation » : chez Michelin, les 7 500 suppressions de postes en Europe ne sont pas seulement destinées à diminuer les coûts, elles constituent également un « message » clair en direction des salariés : « L’esprit dans lequel l’annonce a été faite, c’est que Michelin doit rester dans la course [...]. Cela a un but interne, il faut que nos salariés se mobilisent face à la concurrence, même si nos résultats sont bons », explique un porte-parole de l’entreprise. Rien de tel en effet que 7 500 suppressions de postes pour redynamiser ses salariés. Ça secoue leurs petites habitudes, ça leur flanque une bonne trouille, ça fait passer le message on ne peut mieux. D’autant que, comme le signalait avec justesse le président du Medef, 7 500 postes supprimés, ce n’est finalement pas grand chose : « Il y a énormément d’entreprises qui réduisent leur personnel de 3% par an », s’est-il vanté. C’est tout juste si ce cher Ernest-Antoine n’a pas expliqué au fils Michelin qu’il aurait pu faire beaucoup mieux. « Laisser 75 000 salariés dans l’expectative quant à leur avenir risque plutôt d’être la plus sûre manière de répandre chez eux le doute, voire l’angoisse. La CGT et la CFDT, premiers syndicats du groupe, préparent une journée d’action dans tous les sites Michelin le 21 septembre ». Même Jospin les y encourage : à eux de « mobiliser un rapport de force » pour « faire réfléchir les dirigeants d’entreprise ». En d’autres mots : bonne chance les gars ! Il faut beaucoup d’innocence, ou de rouerie, à un ministre dit de gauche pour proférer de pareilles âneries : pour « faire réfléchir les dirigeants d’entreprise » (vaste programme), encore faudrait-il que le « rapport de force » soit mobilisable, et surtout qu’il soit favorable. Ne me faites pas dire que les salariés de Michelin vont se dégonfler. Simplement, l’entreprise dispose aujourd’hui de moyens particulièrement efficaces pour refréner l’activité syndicale :
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le plan de Michelin n’est ni chiffré ni détaillé par site. Pas un hasard non plus si le subtil directeur Europe de Michelin, Thierry Coudurier, glisse un mesquin : « Tous les secteurs seront touchés, mais je ne peux pas dire aujourd’hui si ce sera plus le tourisme, le poids lourd ou le pneu vélo ». Il faut en effet être un âne pour s’attaquer nommément à un secteur ou à un centre donné, comme le chasseur de coûts Philippe Jaffré (parti depuis avec quelque 200 millions de francs en stock-options) l’avait fait chez Elf : les salariés de la branche exploration-production n’ayant plus rien à perdre, ils s’étaient fortement mobilisés. Chez Michelin, on est beaucoup plus malin. Si on entretient jusqu’au bout le doute sur les cibles, chaque entité devrait logiquement choisir de jouer profil bas. D’abord, vous n’avez rien compris, « ce n’est pas un plan social, c’est une stratégie européenne d’amélioration de la productivité », explique le responsable de Michelin. Il y a surtout une stratégie européenne de distribution de coups de pied dans le cul qu’il est urgent de mettre en oeuvre. Une « part non négligeable » des suppressions de postes serait, nous dit-on, constituée de départs en retraite et de départs naturels. Pas si bête : les licenciements secs, ça se paye cher, très cher même dans le cas de salariés avec une bonne ancienneté. Tandis que des bonnes petites pré-retraites financées par l’Etat, ou encore la bonne vieille recette des démissions provoquées (pardon, des « départs naturels »), ça ne coûte pas un radis. L’écologiste Yves Cochet, que j’aimais bien du temps où les Verts parlaient encore d’écologie, de développement durable, du temps béni où leur priorité principale n’était pas l’obtention d’une tête de liste pour les prochaines municipales, l’écologiste Yves Cochet, disais-je, a salué l’appel de Lionel Jospin à une mobilisation des salariés et de l’opinion contre les suppressions d’emploi chez Michelin, attitude qu’il a jugée « remarquable pour un Premier ministre » : « Moi, j’aime ce Jospin-là, celui qui finalement est un militant de la gauche plurielle ». Un militant qui aurait simplement oublié qu’il était au pouvoir. Qui aurait oublié qu’un ministre avait le droit, et même le devoir, de prendre certaines décisions. Mais la plus belle déclaration allait encore une fois nous venir du maire de Redon. Il avait pourtant disparu après les élections, emportant avec lui les quelques décimales qu’avaient daigné lui accorder quelques Français distraits. Il avait honte, le père Madelin ; il se cachait. Mais il n’a pas pu s’empêcher de regarder Jospin à la télé, et il s’est fendu, au nom de Dictature Libérale, d’un magnifique communiqué : « Les Français n’auront pas retrouvé dans les propos du Premier ministre leurs préoccupations quotidiennes : l’insécurité, la hausse des impôts, l’éducation, les gaspillages ». Que Madelin s’attaque à la hausse des impôts, passe encore, c’est son fonds de commerce. Un fonds de commerce peu ragoûtant, et de surcroît périclitant, où grenouillent des individus aigris « dont la hausse des impôts est la préoccupation quotidienne » (ce qui donne une assez bonne idée de la petitesse de leur vie). Mais qu’il ose la ramener au sujet de l’insécurité, dégâts collatéraux des inégalités qu’il n’est pas mécontent d’avoir contribué à creuser, au sujet de l’éducation, « ces fonctionnaires râleurs qui coûtent si cher au petit entrepreneur », ou encore au sujet des « gaspillages », pas le gaspillage humain, qui est le quotidien de nos vaillantes entreprises, ni celui des ressources de la planète par nos grands groupes industriels, non non, le seul gaspillage du monde qui agace vraiment Madelin, le gaspillage des finances publiques par les humanistes de la main gauche, qu’il ose encore la ramener, disais-je, alors que ce que chacun de nous rejette aujourd’hui, de la mal-bouffe au mal-vivre, c’est précisément les conséquences de l’idéologie navrante et malfaisante véhiculée depuis 20 ans par tous les Madelin du monde, c’est véritablement un comble. Faut dire, pour le pauvre Madelin, c’est vraiment trop injuste : les socialistes lui ont piqué toutes ses idées. Il faut juste leur reconnaître un certain talent pour les enrober d’un verbiage rose édulcoré.
Comme Claude Allègre, j’ai une véritable passion pour la civilisation américaine. Son éducation, sa culture, ses valeurs. Car on aura beau dire, les Américains, eux, savent inculquer à leurs bambins les véritables valeurs. Le culte de l’actionnariat ; la recherche du profit. Aussi entrent-ils dans la « bataille de l’Intelligence » infiniment mieux armés que leurs petits collègues européens, archaïques et frileux. Il y a quelques années encore, comme tous les enfants (si l’on excepte bien sûr les enfants sans réel pouvoir d’achat, comme par exemple les 700 000 orphelins d’Ethiopie ou le million d’orphelins de l’Ouganda), comme tous les enfants, disais-je, les enfants américains investissaient bêtement l’argent qu’ils avaient pu gagner dans toutes sortes de gadgets. Des fringues, des CD, des consoles de jeu. Aujourd’hui, ils savent les jouer en Bourse. Comme des grands. La proportion d’adolescents de 12 à 17 ans qui achètent des actions est ainsi passée de 7% au début de 1998 à 11% en 1999. L’information laisse songeur. D’où a bien pu leur venir cette idée-là ? Pourquoi ne courent-ils pas après une charmante petite camarade de classe, comme vous et moi à cet âge-là ? (Une occupation plus enthousiasmante, vous en conviendrez, que l’achat d’actions BNP le nez sur un clavier). Votre chroniqueur s’est renseigné : si les enfants prennent goût au marché boursier, c’est pour avoir participé à des jeux à l’école, et notamment au plus célèbre d’entre eux, le Stock Market Game (« le Jeu de la Bourse »), un jeu organisé chaque année dans les écoles par l’Association des Professionnels de la Bourse. Les enfants reçoivent 100 000 dollars virtuels à investir dans les actions cotées à Wall Street, sur la Bourse électronique Nasdaq et l’American Stock Exchange. Ils doivent également rédiger une dissertation sur ce qu’ils ont appris sur l’économie en général et sur le marché boursier en particulier. Bizarre que Claude Allègre n’ait pas encore importé cette ânerie-là ; c’est sacrément « innovant », pourtant, comme idée. Ça aiderait même drôlement la France dans la bataille de l’Intelligence pour la Société de l’Information du Plein-Emploi. Car en attendant que les socialistes comblent cet inquiétant retard et introduisent enfin à l’école le monde merveilleux de la finance, les Etats-Unis confortent encore leur avance. Pour aider les enfants à apprendre à investir - le premier besoin de l’enfant, quoiqu’en pensent certains parents -, la maison de courtage Salomon Smith Barney organise elle aussi des classes et des jeux dans des écoles. Sa vice-présidente avoue d’ailleurs sa surprise face au niveau d’expertise de certains élèves, dont les recherches leur permettent « de reconnaître la différence entre le clinquant et les investissements prudents sur le long terme. Beaucoup sont conscients que les valeurs Internet peuvent reculer ». Alors, encouragés par un marché en ascension permanente (le Dow Jones a quasiment triplé en moins de cinq ans), par leurs performances au Stock Market Game et très souvent par leurs parents (environ 41% des ménages américains jouent en Bourse), bon nombre d’enfants quittent le virtuel pour devenir de véritables boursicoteurs. Depuis 1997, les comptes ouverts par des parents pour leurs enfants ont augmenté de 22% chez Salomon Smith Barney. Les goûts de ces investisseurs en herbe en matière de mode, de jeux ou de gadgets dictent souvent leurs achats. Ils placent leur argent dans les actions des produits qu’ils consomment comme Nike, Gap, Disney ou McDonald’s. Finalement, quand on y pense, les actions Nike valent moins cher que certaines paires de baskets. Et elles s’usent nettement moins. Les ados « les plus high tech » choisissent quant à eux les actions de Nokia, dont ils utilisent les téléphones portables, Microsoft, Intel, Amazon.com ou Yahoo. Mais au-delà des noms les plus connus, les enfants savent, nous dit-on, « reconnaître la valeur » de titres comme ceux de Lucent, Sun Microsystems ou Cisco. Gageons qu’ils n’auront aucun mal à résoudre le problème qui leur sera proposé au prochain examen du brevet : « Deux entreprises pétrolières A (75000 employés) et B (90.000 employés) lancent chacune une OPE hostile contre l’autre. L’évolution du cours des actions et les parités d’échange sont indiqués dans le tableau fourni ci-contre. Combien de milliers d’employés le patron de A doit-il licencier pour que le projet A crée autant de valeur pour l’actionnaire que le projet B ? ». Le corrigé sera jusque là tenu secret, bien à l’abri dans le bureau d’un certain Philippe Jaffré.
A l’heure où s’effondre le mythe de « l’auto-régulation des marchés », à l’heure où une instabilité financière généralisée vient briser ce que certains imbéciles appelaient « le cercle vertueux de la croissance », il devient plus que jamais nécessaire de « désarmer les marchés » : « La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée. (...) Quotidiennement, quelque 1 500 milliards de dollars font de multiples allers et retours, spéculant sur des variations du cours des devises. Cette instabilité des changes est l’une des causes de la hausse des intérêts réels, qui freine la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Elle creuse les déficits publics et, par ailleurs, incite les fonds de pension, qui manient des centaines de milliards de dollars, à réclamer aux entreprises des dividendes de plus en plus élevés. Les premières victimes de cette « traque » du profit sont les salariés, dont les licenciements massifs font bondir la cotation boursière de leurs ex-employeurs. Les sociétés peuvent-elles longtemps tolérer l’intolérable ? Il y a urgence à jeter des grains de sable dans ces mouvements de capitaux dévastateurs ». « La taxation des revenus financiers est une exigence démocratique minimale. Ces revenus devraient être taxés exactement au même taux que les revenus du travail. Ce n’est le cas nulle part, en particulier dans l’Union européenne. La liberté totale de circulation des capitaux déstabilise la démocratie. C’est pourquoi il importe de mettre en place des mécanismes dissuasifs. L’un d’entre eux est la taxe Tobin, du nom du Prix Nobel américain d’économie qui la proposa dès 1972. Il s’agit de taxer, de manière modique, toutes les transactions sur les marchés des changes pour les stabiliser et, par la même occasion, pour procurer des recettes à la communauté internationale. Au taux de 0,1 %, la taxe Tobin procurerait, par an, quelque 166 milliards de dollars, deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer la pauvreté extrême d’ici au début du siècle ». (Ignacio Ramonet, « Désarmer les marchés »)
Chaque jour ou presque, dans ma boîte-à-lettres, cette lancinante question : « Que faire, Laz ? ». J’y répondais habituellement par un « je ne sais pas », tant les phénomènes incriminés me semblaient inéluctables - « incontournables », comme on dit. Mais on ne peut pas passer sa vie à ricaner et à dénoncer le discours libéral sans proposer de solutions alternatives crédibles au marché tout puissant. Ça n’est pas pour me vanter, mais je suis désormais adhérent d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens). Un engagement qui me semble à la fois le plus raisonnable et le plus enthousiasmant : autant, au printemps dernier, l’instauration d’une taxation sur les mouvements de capitaux pouvait paraître utopique, autant aujourd’hui, devant l’instabilité du système financier, même ses opposants d’hier n’excluent plus l’instauration de mécanismes de régulation. Pour plus d’information sur ATTAC, consultez le site Internet (http://attac.org) ou écrivez à ATTAC, 9 bis, rue de Valence, 75005 PARIS. Vous recevrez rapidement la charte de l’association et le formulaire d’adhésion. Il nous appartient aujourd’hui, par une adhésion massive à ATTAC, de rappeler à nos dirigeants le refus des citoyens de se plier à la dictature des marchés. Puisqu’il est illusoire de changer le système capitaliste, faisons au moins en sorte que des miettes grapillées aux investisseurs nourrissent leurs victimes.
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© Les Chroniques du Menteur, 2008
E-mail : Pierre Lazuly
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